Incipit

Textes parlant plus ou moins de féminité et de féminisme que j'ai aimé :
Injonctions contradictoires, contraintes multiples et théorisation incomplète
Fem & Pouvoir
Bavardages insignifiants
Trans-féminisme à la française : enjeux & embûches ?

 

Introduction

J'ai déjà parlé du fait que j'étais Fem ici et . Fem ça vient de féminine, féminité, femme car ouais je suis une meuf féminine.
A une époque j'étais un peu anti-normes. Ouais moi la trans binaire j'étais anti-normes, aussi vrai que 01+01=10. Je réfléchissais à ce qu'était que le masculin, la masculinité, les hommes, le féminin, la féminité, les femmes et j'en était arrivé à la conclusion que tout ça c'étaient lié à des normes sexistes, des trucs sans sans réalité concrète. Et du coup je me disais que l'idéal serait de se débarrasser de tout ça.
Sauf qu'en fait je ne pense pas que cela soit possible. En tout cas pas dans l'immédiat.

Car les normes sont la base du langage.
Quand vous croiser un-e inconnu-e vous allez utiliser ces normes pour l@ "classer" de façon plus ou moins consciente.
Parlons de deux individus, A et B.
Voilà ce que je vous dit de ces deux personnes :
A a les cheveux longs, porte une robe, des talons, est maquillé-e et imberbe.
B a les cheveux courts, porte un jean et un t-shirt, une paire de rangers, pas maquillé-e et poilu-e.
Si je vous parle féminité à qui allez-vous penser?
Et si je vous parle masculinité?
Là si vous êtes un minimum honnête vous allez me dire que vous associez la féminité à A et la masculinité à B.
Evidemment ces normes sont sexistes et cis-sexistes (elles ont même un côté hétéro-sexiste) mais le fait est que nous naissons, grandissons et vivons dans une société sexiste et cis-sexiste.

On pourrait bien sûr faire des périphrases de trois kilomètres pour communiquer sans utiliser certains mots. Imaginons ce que cela donnerait.
Situation :
Koala retrouve un-e ami-e dans un bar (bon pour cela il faudrait petitun que j'ai des ami-e-s et petideu que je les retrouve dans des bars). Sur la route Koala à croisé une personne magnifique une personne qu'on décrirait comme "femme féminine" si les normes "femme" et "féminine/féminité" n'étaient pas cis-hétéro-sexistes.
Donc Koala et son ami-e sont au bar et Koala parle de cette personne qu'elle a croisé.
Koala : J'ai croisé une personne magnifique en venant.
Ami-e : Ah ?
Koala : Un individu aux longs cheveux noirs qui portait une petite robe noire classique et des talons d'enfer, une personne avec un rouge à lèvres bordeaux et une manucure digne de Tête De Thon -ceci est une pub dissimulée non rémunérée.
Ami-e : Une meuf quoi.
Merde, mon ami-e est trop cis-hétéro-sexiste.
Plus sérieusement si j'étais arrivé en disant que j'avais croisé une superbe femme, féminine, j'aurais évité de décrire cette femme sous toutes les coutures (ça peut être cool quand on est romancier-e du XVIIIème siècle, payé-e à la ligne mais quand on discute avec un-e ami-e dans un bar l’intérêt est moindre). Et là, comme tu es loin d'être con-ne (sinon tu ne lirais pas ce texte) tu vas me dire que, malgré les cheveux longs, la robe, les talons et le maquillage cette personne ne s'identifiait peut-être pas comme femme et tu as raison.
Je t'ai dis que nous étions né-e-s, que nous avions grandi et que nous vivions dans une société cis-hétéro-sexiste?
(Ceci est une question rhétorique)
Et bien je pense que nous sommes nombreux à préjuger du genre des inconnu-e-s en fonction de leur apparence et/ou attitudes. Oui c'est cis-hétéro-sexiste mais avoir ce genre de préjugés ne fait pas de vous l@ pire des pourriture, nier avoir ce type de préjugés est déjà plus problématique. A mes yeux ce n'est pas inexcusable de mal genrer quelqu'un-e qu'on ne connait pas, par contre à partir du moment où l'on sait comment la personne souhaite être genrée il n'y a aucune excuse. 

Du coup nous sommes d'accord pour dire que quand on parle de féminité on parle d'une norme avec les côtés négatifs de toute norme (restrictive, au reflet de la société, etc) mais aussi avec un point positif : les normes nous permettent de communiquer.
Quand - dans le reste de ce texte - je parlerais de féminité vous y projetterez ce que vous associez à cette norme. Certainement pas la même chose que moi mais quelque chose d'assez proche pour que nous nous comprenions.

 

Je tiens à préciser une chose : le fait que, individuellement, des femmes rejettent la féminité ne me pose pas de problème.
Je trouve ça cool qu'il y ai des femmes non-féminines mais de même je trouve cool qu'il y ait des femmes féminines.
Ce qui me pose problème c'est que certain-e-s (pro-)féministes dévalorisent tout ce qu'iels jugent féminin (et en parallèle ont tendance à valoriser ce qui est masculin). Cela me pose problème car c'est misogyne.
Je n'aime pas quand on sous-entend qu'une femme (trop) féminine est une idiote aliénée. Y a-t-il un code de ce qu'il faut faire pour être une femme comme il faut pour le féminisme?
Alors on va dire qu'on a le choix, qu'on peut suivre les codes de la féminité si on le veut (mais quand même qu'est-ce qu'on est conne à suivre ces codes).
Ou alors on va nous demander des comptes. Si on a réfléchi, bien réfléchi, mieux réfléchi, longtemps... 
Quand je dis : "je le fais pour moi" je sais que ce n'est pas tout à fait vrai. Ce qu'il faut entendre c'est que je n'ai pas envie de rendre de compte. Je réfléchis à mes choix et je me questionne. Si tu ne peux pas accepter mes choix tant pis pour toi.
Cette dévalorisation de la féminité par certain-e-s (pro-)féministes est une réalité qui a des effets négatifs, par exemple l'absence de care dans les espaces féministes. A mes yeux c'est un gros problème. Mais cela a déjà été critiquée par d'autres avant moi et je ne vais pas m'y attarder.

 

"Prendre les codes de la femme comme il faut pour y mettre une meuf pas comme il faut" (citation approximative de Little Enid)

Qu'est-ce que les féministes veulent faire avec la féminité?
Est-ce qu'on cherche à éradiquer cette notion, à se la réapproprier ou alors à en élargir le sens?
Sur ce point il y a désaccord. Mais c'est cool. Rien ne nous oblige d'être tou-te-s d'accord.
Moi j'aurais tendance à répondre que je veux les trois.
Mon idéal c'est que la notion de féminité disparaisse. Mais il y a l'idéal et la réalité, Zekrom et Reshiram dans un combat sans fin.
La réalité c'est que nous sommes dans une société de normes. Dans une société où, quand on sort trop des normes masculin-féminin on est perçu-e comme une anomalie, comme une erreur à corriger.
Aussi j'ai du mal quand on parle de déconstruction (ou de destruction) de la féminité (ou des féminités). Car justement je trouve qu'on ne prend pas assez en compte le fait que certaines femmes (généralement celles vivant plusieurs oppressions) seront en premières lignes.

Ici je vais essayer d'expliquer pourquoi, en tant que transféministe cela me gène.

 

Note : comme j'ai du mal à avancer et finir ce texte je vais essayer de mettre en forme les idées que j'ai eu mais cela risque d'être brouillon... bon en même temps vous avez l'habitude avec moi. @(^o^)@

 

1- Body Shaming à l'encontre des trans

Les trans aussi peuvent être victime de body shaming.

Rien d'étonnant là dedans.
Je n'irais pas dire que c'est plus ou moins violent que le body shaming à l'encontre des meufs cis. C'est différent. Mais c'est juste une réalité que je tiens à signaler.

Le body shaming nous invalide en tant que femmes.
Trop grande, trop grosse, trop carrée au niveau des épaules, trop peu de poitrine, trop peu de fesses, trop de poils... pas comme il faut pour être une vraie Fâme ™.
Cela n'est pas valable que pour les femmes trans, cela est valable pour toute femme et peut être encore plus pour celles à l'intersection de plusieurs oppressions.

Quand on est une femme trans le body shaming peut donner un sentiment d'insécurité, peu de confiance en soi, une haine de son corps et surtout un sentiment d'illégitimité.
On en revient à se dire que si notre corps est si laid et si la société nous rappelle constamment cette laideur, c'est peut-être car nous ne méritons pas d'être considérées comme des Fâmes ™. Peut-être car nous ne méritons pas de vivre. Alors on ne sort plus, on ne se pomponne plus, on s'isole, trop moches pour le monde exterieur.
Quand des femmes trans participent à ce body shaming à l'encontre de trans c'est -à mon avis- encore pire.
Nous sommes alors invalidées en tant que femmes mais aussi en tant que femmes trans. Nous nous retrouvons alors un peu plus seules avec un corps que nous haïssons un peu plus. Un média trans ne peut relayer ce genre de propos haineux, invalidant certaines meufs trans et s'en tirer en brandissant une absence de ligne éditoriale ou un prétendu apolitisme. Ces propos sont merdiques et violents, ces propos invalides certaines femmes trans. Ces propos sont transphobes.

Pardon je m'égare un peu mais je vous avais prévenu que ça allait être brouillon.

Il faut prendre en compte ce body shaming à l'encontre des trans et ce qu'il peut entraîner.
Celleux qui me suivent savent que niveau moral ça ne va pas trop bien du tout et le body shaming n'est pas pour rien dans mon mal être.

Le body shaming c'est un outil patriarcal. Le body shaming place les femmes dans une situation d'insécurité, leurs corps devant être validé par la société (lire des mecs blancs, valides, cis, hétéros, aisés...).
Pour certaines femmes être féminines c'est un moyen de supporter le body shaming, se réapproprier son image, se sentir soi, apprendre à aimer son corps quel qu'il soit. Ce n'est pas la seule stratégie de survie, ce n'est pas le seul moyen de tenir mais c'en est un et pas moins valable que d'autres. Et les femmes trans ne sont pas moins légitimes à adopter cette stratégie de survie que les femmes cis.

 

2- Peu de modèles dans lesquels se projeter

En lien avec ce Body Shaming vient l'absence de modèles pour les trans.
Là encore c'est une chose qui peut concerner toutes les femmes et surtout celles à l'intersection de plusieurs oppressions.
En effet il y a déjà peu de modèles positifs dans lesquels une femme peut se projeter alors pour les femmes appartenant à diverses "minorités" c'est encore plus dur de trouver des modèles.

Pour les femmes trans quels modèles avons-nous?
...
Non mais je veux dire à part Laverne Cox dans Orange is the new black?
Je 
sais que Laverne Cox est génialement badass mais c'est un peu le contre-exemple de l'absence de visibilité trans.
Et pour une Laverne Cox combien avons-nous de cis jouant des rôles de femmes trans?
Rebecca Romijn -femme cis- jouait le rôle d'Alexis Mead -femme trans- dans la série Ugly Betty.
Dans le film Laurence Anyways c'est
Melvil Poupaud -homme cis- qui jouait le rôle principal, celui d'une femme trans.
Et ça craint.
cause de cette rareté de modèles pour les meufs trans on peut se retouver paumées, à essayer de forger nos propres modèles, suivre nos propres règles et pour certaines cela passe par la féminité.

 

3- Des corps sous le contrôle de médecins sexistes, homophobes et transphobes

Quand on est trans nos corps ne nous appartiennent pas.

Nos corps appartiennent à des médecins, prétenduement "expert-e-s" qui sont sexistes, homophobes et transphobes.
Chaque étape de notre transition doit être validée par de prétendu-e-s expert-e-s du corps médical. Ces "expert-e-s" exigent que les trans qui veulent être accompagnées correspondent à leur vision de la féminité/masculinité (sexisme), qu'elles soient hétéros (homophobie) et leurs propos transphobes peuvent être, sans exagération, comparés à du harcelement moral.
Alors j'en entend déjà dire que les modifications corporelles que souhaitent certain-e-s trans ne sont pas anodines, qu'on ne peut pas vraiment faire marche arrière et blablabla on vous remet des fadaises en fa dièse. Rien ne justfier cette dépossession de nos corps. Rien ne peut justifier cette mainmise de médecins qui nous considèrent comme des moins que rien.
J'accepterais un suivi des trans s'il servait à accompagner les trans dans leurs démarches, avec respect mais actuellement là il s'agit de nous diriger avec mépris.

Et même quand on passe hors de ces équipes des expert-e-s en transphobie on est jamais à l'abris de tremarques de médecins qui nous font comprendre que nos corps ne sont pas notres.
Comme quand mon endocrinologue me laisse entendre que je devrais être plus féminine au niveau de mon psychique (j'y étais allée en jean, basquettes, pull et pas maquillée).
Ou quand le premier endocrinologue que je suis allée voir m'a expliquer qu'avoir une apparence féminine et un pénis c'était pas possible [avec un frisson de dégout].
Autre exemple avec des propos de chirurgien à propos de FtM :

Sans titre

A mes yeux cette appropriation de corps d'humain-e-s par des "expert-e-s" médicaux est encore plus violente quand elle vise les intersexes. Des mutilations sexuelles sur des enfants que beaucoup semblent accepter car les médecins font argument d'autorité (patriarcale).

A chacun-e ses méthodes pour se réapproprier son corps.
Pour certaines femmes trans la féminité sera le moyen de se faire accepter par ces "expert-e-s" (et par la société). D'autres auront eu une réflexion féministe par rapport à la féminité et auront décidé d'utiliser cette arme pour pour se réapproprier leur corps. Je me reconnais dans la seconde catégorie (ce qui m'empêche un peu de développer pour la première). Ma féminité c'est mon arme de guerre contre le patriarcat. Vous pouvez toujours dire et penser que je ne suis qu'une pauvre aliénée au patriarcat, que je n'ai pas assez bien réfléchi (de toute façon tout le monde sait que les meufs féminines sont un peu coconnes) qu'au final je suis une complice de mon oppression, et que je suis semblable à celles qui sont féminines pour se faire accepter par les "expert-e-s" qui nous dépossèdent de nos corps. Soit, j'accepte le compliement. Comme j'ai dit en préambule cette société fait preuve d'une violence meurtrière envers celleux qui sortent des normes de genre alors si d'une certaine façon - à vos yeux - nous nous soumettons sachez que c'est pour survivre et je ne vois pas pourquoi nous en aurions honte.

4- Des corps fétichisés

Sans titre

Damien le transphobe se trouve très original avec cette blague mêlant transphobie, putophobie et racisme. Pour lui pute + Brésil = "travelo" bordel qu'il est rigolo avec une blague jamais entendue avant (presque aussi original qu'une blague sur les travelos des bois de Boulogne). Et beaucoup partagent cet humour de caniveau ainsi que l'idée selon laquelle trans = pute. C'est toujours aussi drôle quand on sait que 38 trans ont été assassiné-e-s cette année au Brésil?

Je n'ai pas honte d'être assimilée aux prostituées.
Une femme trans sur 5 se prostitue au court de sa vie. Et je pense que si on regarde spécifiquement pour les femmes trans précaires et/ou les racisées ce nombre est plus grand. Avoir honte d'être assimilée à ces femmes serait, à mes yeux, les abandonner sur le bord de la route.
Je suis blanche. Mes papiers ne correspondent pas à celle que je suis, il y a un M sur ma carte d’identité, un 1 sur ma carte de Sécu et un prénom qui n'est pas le mien sur tous mais au moins j'ai des papiers, je ne risque pas d'être expulsée du territoire français. Je connais la transphobie des institutions française mais je n'ai pas - et je n'aurais jamais- à affronter le racisme de ces mêmes institutions. Je suis précaire, avec un RSA qui me permet simplement de survivre mais je ne suis pas prostituée. Je dispose de certaines sauvegardes auxquelles d'autres femmes trans n'ont pas accès. J'essaie de ne pas l'oublier. Aussi je n'ai pas honte d'être assimilée aux prostituées.

Les trans fétichisés, les mecs trans le sont en espace queer/TBPG (trans, bi-e-s, pds, gouines), les meufs trans dans des espaces plus mainstream.

Petite digression...
Un jour je me rendais au local associatif GLBT de ma ville quand un mec qui faisait du jogging m'a draguée. Il m'avait déjà vue plusieurs fois près de ce local (ceci n'est pas rassurant) et "perçue" en tant que meuf trans. Il m'a dit que je n'avait rien à craindre (cela est encore moins rassurant), qu'il avait vécu quelques temps au Brésil et que du coup il connaissait des trans (c'est un stéréotype... et cela n'est toujours pas rassurant), puis il m'a demandé si j'avais un Facebook (ECHAP ECHAP ECHAP).
Je lui ai menti que non et comme j'étais arrivée auprès du local j'ai pu lui échapper.

Il est une catégorie d'homme cis hétéros que nous appelons translovers.
Ce sont des hommes qui jouent sur la précarité affective que connaissent les meufs trans, les draguent, les baisent mais ne les présenteront pas à leur famille et ne les emènent pas devant l@ maire pour leur passer la bague au doigt.
Si vous pensez que ces hommes sont des homos (ou des bis) refoulés, pas vraiment hétéros alors je vous conseille de quitter ce blog. Et de ne jamais y revenir car vous ne vallez pas mieux que ces translovers. En disant ça vous considérez implicitement les meufs trans comme des mecs. Et dire que vous vous placez à la place de ces translovers n'est pas une excuse valable, en effet que savez-vous de ce que cherchent ces hommes?
Malgré le dégoût qu'ils m'inspirent je leur laisse le bénéfice du doute sur ce point, leur fétichisation des meufs trans et leur honte à ce sujet en fait - à mes yeux - des pourritures transphobes mais rien ne me permet de dire qu'ils ne voient les femmes trans comme des mecs plutôt que comme des meufs.

Nous sommes fétichisées. Vues comme des objets sexuels avant d'être vue comme des femmes. Les blagues puto-transphobes, certains pornos; certaines séries télés, certains documentaires... laissent entendre que de toute façon trans = sexualité débridée. L'image majoritaire que les médias donnent des meufs trans?
Des perverses qui cherchent juste à baiser.

Et c'est ainsi que pour certain-e-s quand nous sommes féminines c'est pour racoler.

 

5- Suck my glock, virilité féminine

Vous connaissez peut-être Suck My Glock, le premier féminin viriliste?
J'aime bien ce magazine féminin qui fait l'apologie du virilisme.
Notons que ce magazine a été assez bien accueilli par des (pro-)féministes qui habituellement crachent sur la féminité.
Moi j'aime certains textes. D'autres m'énervent. Au final j'aime bien les Suck My Glock même si le virilisme c'est pas trop ma tasse de café. Mais attention, ce n'est pas parce que moi je me sens mieux en étant féminine que je veux imposer la féminité à toutes les femmes.
J'aime les femmes qui sont féminines comme j'aime celles qui sont viriles, celles qui sont un peu des deux ou celles qui ne sont ni l'un ni l'autre.

Mon problème c'est cette impression qu'aujourd'hui, dans les féminismes, on finit par dénigrer les "constructions sociales merdiques de femmes" d'un côté et que de l'autre on fait plus ou moins l'éloge de la virilité.
Dénigrement de la féminité d'un côté, valorisation de la masculinité de l'autre.
Je voudrais pas avoir l'air d'une chieuse mais c'est un peu de la soupe misogyne tout ça.
Le texte sur le Transféminisme à la française explique bien que si on peut trouver des choses positives dans la masculinité (s'imposer, se défendre, combattre...) on peut aussi trouver des choses positives dans la féminité (écouter, avoir de l'empathie, parler de ses sentiments...).
Quand on voit les réactions de certaines féministes on peut se demander si au final certaines n'auraient pas compris que dans une société sexiste il valait mieux rejeter tout ce qui est féminin pour adopter les codes masculins.
Je ne dis pas que de la féminité que "tout est bon chez elle y a rien a jeter, sur l'île déserte il faut tout emporter" mais si on pouvait éviter de tout balancer ça pourrait être positif.
Et gardons à l'esprit que le féminin et le masculin sont avant tout des normes et qu'elles diffèrent en fonction des individus et cultures. Par exemple pour moi être parfois agressive n'est pas incompatible avec le fait d'être féminine, d'autre pense que la féminité c'est une docilité constante. Je pense que les deux idées, bien que contradictoires, sont vraies.

 

6- Des femmes qu'on abandonne en route

Les mouvements féministes auraient-ils décider d'abandonner certaines femmes en route?

C'est l'impression que j'ai en lisant les tweets et textes de certaines.
La lutte féministe serait devenue la lutte pour l’émancipation des bourgeoises blanches cishétéras valides (...), les femmes ne correspondant pas à cette élite féministe ont le choix. Soit elles suivent, un peu en retrait, ne critiquant pas les dominantes parmi les dominées, soit elles critiquent, condamnent mais risque d'être violemment écartées.

Bien sûr toutes les femmes appartenant à ce que j'appelle l'élite féministe ne rejettent pas les autres. Mais ceci est un texte transféministe du coup je sais pas trop pourquoi je fais ce disclaimer. Je ne devrais pas avoir besoin de dire "il y en a des bien", je ne devrais pas avoir à distribuer des cookies comme je viens de le faire. Mettons ça sous le compte de la fatigue (il est 3:11 quand j"'écris ces lignes et je suis un peu fatiguée mais je suis partie pour ne pas me coucher avant d'avoir fini ce texte).

Récemment une féministe transphobe m'a expliqué qu'elle était plus constructiviste que moi, qu'en tant que trans de toute façon j'étais essentialiste. Puis que j'étais une soldate du STRASS, pro-prostitution comme tou-te-s les trans. Et que de toute façon le "transsexualisme" n'avait rien de politique. J'ai pas trop essayé de discuter avec elle car de toute façon cela n'aurait mené à rien.
On peut retrouvé le même discours (en un peu plus polissé) chez des féministes influentes comme par exemple Christine Delphy.

J'ai de plus en plus l'impression que certaines féministes considèrent être beaucoup plus avancées que d'autres.
Plus avancées que les femmes féminines ou que les trans et beaucoup plus avancées que les meufs trans féminines.
Si vous pensez que c'est vraiment le cas alors ne nous attendez pas. Détruisez le patriarcat.
Après tout les meufs trans ne sont qu'une micro-identités, une micro-identité négligeable.
Je ne comprends même pas comment le cis-hétéro-patriarcat fait pour être toujours debout avec des femmes aussi avancées dans le combat féministe... A moins qu'à force de laisser des femmes (cis et trans) sur le bord de votre route vous n'ayez pas la force nécessaire pour attaquer le patriarcat?

 

7- Les problèmes des trans sont des problèmes féministes

N'en déplaise aux féministes transphobes les problèmes des trans sont des problèmes féministes.
Certaines féministes cis refusent de voir la transphobie, le cis-sexisme, le supréma-cis-me comme des outils du patriarcat pour assurer la domination d'un genre sur l'autre.
Pourtant il y a le transbody shaming.
Pourtant il y a cette absence de modèle pour les trans.
Pourtant il y a le contrôle des médecins.
Pourtant il y a la fétichisation.
Toutes ces choses qui permettent à l'homme cis hétéro (en tant que classe dominante) de dicter ce que doit être une femme et ce que doit être un homme. Et tout ça pour satisfaire aux désirs sexuels de l'homme cis hétéro.

Nous avons des désaccords entre trans et cis sur les moyens de mettre fin à la domination masculine mais notre but est le même.
Parfois nous militons "ensemble", quand nous faisons face aux catholiques intégristes anti-choix et leurs prières de rues, quand nous marchons de nuit pour nous réapproprier la ville, contre le harcèlement de rue (pour rappel le harcèlement de rue touche aussi les meufs trans), quand nous militons contre les pubs sexistes, quand nous luttons contre les violences faites aux femmes, quand nous faisons face aux "anti-gender" qui font du bourrage de crâne dès l'enfance pour imposer les normes de genres...
Parfois nous ne sommes pas d'accord sur certains points.
Vous dites que les trans sont individualistes, moi je trouve que les féministes mainstream sont universalistes.
Vous tollerez la transphobie chez vos ami-e-s, allant jusqu'à accepter (voire encourager) une femme qui out les jeunes trans, les harcelent même après qu'iels aient fait une tentative de suicide et je ne peux pas laisser passer cela. 

Remettez-vous en question, prennez conscience que les problèmes que rencontrent les trans sont des problèmes féministes, que c'est le patriarcat qui opprime les trans et qu'en laissant faire, en fermant les yeux, vous vous placez de son côté. 

Conclusion à un texte un peu brouillon

En tant que transféministe j'ai du mal quand des cis me disent que la solution pour venir à bout du patriarcat c'est de déconstruire/détruire la féminité/masculinité.
J'ai envie de dire "facile à dire mais concrètement on fait quoi?".
Car voilà, je ne vois pas vraiment ce que cela veut dire.
C'est quoi être une femme?
C'est quoi être féminine?
Déconstruire?
Détruire?
Pourquoi pas mais comment on fait?
Et est-ce qu'on doit accepter qu'il y ait des pertes humaines lors de ces déconstructions/destructions?

Déconstruire/détruire la féminité/masculinité pour moi c'est du yaka-fokon.
Reshiram, la réalité. Nous avons tou-te-s, sans exception, grandi dans une société sexiste, homophobe, transphobe, nous en avons mangé à tous les repas.
Zekrom, l'idéal. Une société sans oppressions cis-hétéro-patriarcales (et sans racisme, classisme, validisme...).
Et nous on fait quoi la dedans?
Moi je sais pas. Alors en attendant de savoir j'essaie d'être moi, une meuf féminine. Et je rêve d'une révolution qui mette fin à toutes les oppressions (et de foutre le feu à une poubelle).
(et encore désolée pour le côté un peu brouillon, je vais me coucher et je retapperais peut-être ce texte un jour)

Koala