Hier, un vendredi (presque) comme les autres.
Comme j'ai eu plein de petite merde qui me sont tombées sur le coin du nez cette semaine j'avais décidé de dépenser quelques sous pour m'acheter des mangas et inviter une amie dans une espèce de cafétéria geeke.
Bon, je n'ai pas vraiment les moyens, il faudrait que j'économise et... heu... mais pourquoi je me justifie auprès de vous ?
J'avais des sous et envie besoin de me changer les idées.

Du coup on a Amazing Koala qui va faire un tour en ville.
Rien de sophistiqué dans ma coiffure, je ne suis pas maquillée, je porte un jean et un pull avec ma veste verte (ma seule fantaisie). Un look un peu trop androgyne à mon goût, que je n'aime pas particulièrement (je préfère des looks plus "féminins") mais qui me permet de ne pas trop être emmerdée. Je remonte une rue, regarde droit devant moi, évite les regards. J’aperçois cet homme sans le regarder puis je l'entends.
« Bonjour mademoiselle, tu vas bien. » (Je ne mets pas de point d'interrogation volontairement, je n'avais pas l'impression qu'il s'agissait d'une question, plutôt d'une phrase pré-programmée).
Jusque là du harcèlement de rue "banal". C'est peut-être grave de trouver ça banal mais c'est un fait, quand on est femme, trans ou cis, le harcèlement de rue c'est une banalité quotidienne.
Je continue d'avancer sans (trop) presser le pas, faisant comme si je n'avais pas entendu. Je ne connais pas cet homme, je n'ai aucun compte à lui rendre, il n'a aucune raison de me parler. Je l'entends qui continue.
« Pourquoi tu ne réponds pas ? Tu boudes ? »
C'est pas exceptionnel, ce qui l'est un peu plus c'est que cet homme commence à me suivre et continue à m'interpeller. Je n'écoute pas ce qu'il dit et je continue ma route, accélérant un peu plus ma marche mais sans aller jusqu'à courir.
A la première intersection je tourne.
Une petite rue avec peu de monde mais l'une des boutiques de mangas où j'ai l'habitude d'aller est au bout de cette rue. Et puis il ne va pas me suivre maintenant que j'ai tourné ?
En fait si.
Je continue à marcher, j'essaie de garder la tête haute, j'essaie de ne pas me retourner, j'essaie de ne pas paniquer, de ne pas commencer à courir. Mais merde je suis paniquée, et les rares fois que je me retourne je le vois. Il continue à me suivre ET IL SOURIT ! Merde ce connard qui est en train de me stalker, de me faire flipper, est en train de sourire !
Il faut que j'en parle à quelqu’un  je ne sais pas quoi faire, j'ai peur. Premier numéro dans mon portable : Ame. OK c'est génial. Elle comprendra, elle pourra me rassurer un peu. Et envoyer un SMS va me permettre de ne pas paniquer d'avantage le temps le temps de rejoindre la boutique de mangas qui est un peu plus proche à chaque seconde. 
J'arrive enfin dans la boutique de mangas, d'un coup je me sens soulagée. Un peu.
Je n'ose pas regarder vers la porte, j'ai même peur que la porte s'ouvre et qu'il entre. Mais il n'oserait pas me suivre jusque dans cette boutique ?
Non, il n'ose pas. Mais quand je fini par regarder rapidement il est à la porte et me sourit tout en me dévisageant.
J'envoie le SMS que j'ai fini d'écrire :
"
 Harcèlement de rue et en plus le mec me suit. Là je suis entrée dans ma boutique de mangas et genre il attend à la porte. Je flippe. "
Le SMS envoyé je prends le manga que j'étais venue chercher et je vais voir les goodies. Pas parce que j'ai vraiment envie de les voir mais pour me cacher de cet homme et de rester à l'abri le temps qu'il parte. La boutique est dans un angle la porte donne sur une rue et la vitrine avec les goodies sur une autre. A priori s'il reste près de la porte il ne doit pas pouvoir me voir. Sauf qu'il ne reste pas du côté de la porte, il change de rue pour continuer à m'observer de la rue qui donne sur la vitrine. J'essaie de me mettre dans un angle mort, je feuillette un peu mon manga, je regarde à droite à gauche et de temps en temps je jette un coup d'œil
 rapide pour voir s'il est toujours là (oui) et ce qu'il fait (il est toujours dans la rue que l'on peu voir depuis la vitrine, mais il semble moins à l’affût, il a dû me perdre un peu de vue ou se désintéresser).
J'en profite pour payer mon manga. Je regarde vers la porte, il n'y est pas, j'en profite pour sortir et remonter rapidement la rue me retournant sans cesse. Juste à côté de la boutique de mangas il y a une boutique de jeux de société que je connais bien, s'il me suit de nouveau j'y rentre. Il ne me suit pas, je poursuis ma route, toujours autant effrayée. J'arrive à une boutique de thés, si ce type m'a retrouvé et recommence à me suivre j'y entre (j'y suis allée une fois et le vendeur semble plutôt cool), il n'est pas là, je continue ma route.
Alors je ne l'ai pas recroisé jusqu'à arriver à cette espèce de cafétéria geeke où j'avais donné rendez-vous à mon amie. Par contre j'ai continué à avoir peur, je me retournais souvent, surtout quand j'entendais un bruit derrière moi, le moindre mec que je croisais faisait resurgir la peur.

Alors pourquoi ne pas en avoir parlé au patron de la boutique de mangas ?
Je ne sais pas trop mais j'ai bien quelques petites idées. En fait j'étais terrorisée et je pense que ça a joué. Mais je pense que ce qui a joué c'est aussi le fait que le patron de cette boutique de mangas soit justement un patron, homme, cisgenre, à priori hétéro. Il a toujours été cool mais le simple fait que ce soit un homme me bloquait. Je ne peux pas m'empecher de me demander s'il aurait pu comprendre, s'il n'aurait pas jugé que j'en faisais un peu trop. C'est bête à dire mais j'ai l'impression que c'est le genre de chose qu'un mec peut difficilement comprendre.
Au sujet de la compréhension des hommes je vais d'ailleurs vous raconter de ce qui est arrivé plus tard dans la cafétéria geeke. Des ami-e-s sont arrivé-e-s, pas celle avec qui j'avais rendez-vous mais deux filles que je connais bien et que j'apprécie et un gars que je connais un peu moins. L'une des filles à toute suite vu que ça n'allait pas. J'explique la situation mais le gars qui est avec ces deux amies ne comprend pas. Il a bien essayé mais non, il ne comprenait pas (je pourrais aussi vous parler de ce gars, une connaissance amicale, qui m'avait dit que je devrais me sentir flattée, surtout moi. @(OoO)@ Heu... Non mais non de chez NON quoi. Ce n'est pas flatteur pour les cis et ça ne l'est pas d'avantage pour les trans).

Si je racontais toutes les anecdotes de harcèlement de rue que j'ai vécu en tant que femme je pourrais remplir des pages et des pages.
La première fois dont je me rappelle c
'était dans les tout débuts de ma vie de femme. J'enfilais encore le costume de A en journée, pour aller à la fac, mais le soir je pouvais être moi-même. Ce soir là je traînais près de la gare (j'y attendais des ami-e-s avec qui je devais passer la soirée) et une voiture a ralenti à mon niveau. Je ne sais plus ce qui s'est dit exactement mais je suis rentrée dans la gare le temps que cette voiture disparaisse et que mes ami-e-s arrivent.
Et il y en a eu plein d'autres.

Il y a aussi une sorte de harcélement que j'ai dû subir en tant que femme trans.
En fait il arrivent que certain-e-s m'identifient en tant qu'homme habillé en femme et quelques personnes estiment que cela leur donne le droit de me traiter comme une merde, je vous laisse imaginer les insultes, les rires, les remarques...
Je vais prendre un exemple pour illustrer la chose. Il y a un peu plus d'un an, lors d'un petit festival en ville avec des artistes de rue, j'ai croisé un groupe de 5 jeunes hommes qui ont commencé à m'insulter de "travelo", de "gros pd" et je passe quelques insultes. J'ai poursuivi ma route en les ignorant mais l'un d'eux a trouvé qu'il serait amusant de me suivre pour continuer de m'insulter. Du coup j'ai dû faire quelques détours, changer plusieurs fois de rues et me fondre dans la foule pour enfin m'en débarrasser  Ensuite je suis rapidement rentrée chez moi et le lendemain je ne suis pas retournée en ville. Alors c'est un cas extrême  comme le stalker d'hier est un cas extrême. Le plus souvent ces attaques se résument à un ou deux mots suivis de rires gras, des choses qui sont déjà dur à supporter et qui deviennent insupportable par leur répétition.
Peut-on appeler ça du harcèlement de rue ?
Je pense que oui mais ce n'est que mon point de vue.
Est-il comparable au harcèlement de rue vécu par les femmes cisgenres ?
Oui... et non. En fait c'est un peu la même question que pour le harcélement d'hommes étiquetés comme homosexuels. Bien sûr on peut trouver des liens, faire des rapprochements ici ou là mais je pense que c'est un problème différent et je pense qui si on considère qu'au final c'est un peu la même chose alors on risque de passer à côté de certaines particularités.
Le but de cet article ?
Simplement de dire que j'en ai ras le bol de ces harcelements (et j'avais besoin de raconter l'anécdote du stalker qui a eu lieu hier). Ce sont des terrorismes qui m'ont fait comprendre qu'en tant que femme l'exterieur n'est pas pour moi, en tout cas pas quand je suis seule, qui m'ont fait comprendre qu'en tant que trans l'exterieur n'est pas pour moi. Il vaudrait mieux que je soit discrète, il vaudrait mieux que j'évite d'aller flâner en ville, il vaudrait mieux que j'accepte d'être traitée comme une merde par les premier-e-s venu-e-s, il vaudrait mieux que...
Ouais mais en fait j'en ai juste ras le bol. Vous me faites peur, c'est vrai, et je n'aime pas ça, ça me mets en colère, j'ai la haine d'avoir ainsi peur. Et je vais continuer à sortir, seule parfois, et parfois je ne serais pas discrète, et parfois je flânerais en ville sans avoir rien de particulier à y faire, et parfois je ne me laisserais pas traitée comme une merde sans réagir.

Amazing Koala @(°o°)@