Le blog de Koala

25 mars 2017

Un droit à l'invisibilité

Partout je suis out. Partout on m'a outée. Partout je suis visible comme la meuf trans.
Bon peut-être pas partout mais c'est bien l'impression que cela me donne.
Je ne suis que rarement vue comme une femme, bien plus souvent comme une femme trans, limite même comme une femmetrans, tout attaché, en un seul mot. Comme si on acceptait de ne me voir comme femme que dès lors qu'on rappelle bien que je n'en suis pas vraiment une. Que je suis une femmetrans. Un truc qui ressemble à une femme mais...

Dans quelques jours ce sera le jour de la visibilité trans.
On va encore se prendre plein d'injonction à être visibles, des initiatives pour nous mettre en avant.
" Hey, regardez cette femmetrans, regardez cet hommetrans. "
" On dirait pas que c'est une femmetrans. Comment cet hommetrans est sexy et en plus c'est pas un cismec. "
" La visibilité c'est important. Regarde Laverne Cox qui fait la promo de Richard Trans Women Can't Be Women O'Brien et de son Rocky Transphobic Picture Show. Importante la visibilité. Regarde Brigitte Boréale qui explique en prime time que traiter les femmes trans comme des mecs c'est ok, de la blague entres potes. Soyez visibles. "

Je n'en peux plus de cette visibilité pétée. Je dis pas que c'est pas une bonne chose, que ça ne peut pas aider de jeunes trans mais êtes vous capables de nous offrir la protection qui va avec ?
Etes vous capable de nous accepter sans nous assigner à une nouvelle classe de genre bien à part : trans ?
Je n'en ai pas l'impression.

J'aimerais tellement être invisible.

Depuis peu il y a pas mal de critiques d'une inclusivité des trans un peu pourrie. Voire carrement transphobe.
Je vais résumer le problème :
On a pas à s'outer. Si votre inclusion des trans passe par l'obligation implicite de s'outer alors ça ne vaut pas le coût.
Et beaucoup de ces initiatives "inclusives" réclament justement que nous nous outions au préalable.
On est ok pour inclure un mec mais seulement s'il nous prouve qu'il n'en est pas vraiment un (les vrais sont les cismecs).
Et les femmestrans sont bienvenues mais il faut qu'elles portent bien haut leur étiquette de femmetrans. Qu'il n'y ait aucun doute que ce sont des "personnes à pénis" (même si elles sont passées par la vaginoplastie elles restent assignées à ce pénis).
J'aime la soie et les dentelles mais je ne veux pas pour autant d'une transphobie drapée de soies et de dentelles. L'inclusivité des trans ne peut fonctionner que si on peut avoir un droit à l'invisibilité. Si on nous oblige à porter un panneau géant qui nous ramène à la transitude et nous y enferme alors ce n'est pas de l'inclusivité mais de la marginalité. On est toléré-e-s dès lors qu'on accepte de rester dans la marge.

Je n'ai aucune confiance en moi.
Je me déprécie. Je déprécie mon travail.
J'ai toujours eu ça en moi mais depuis que je suis out c'est pire. Je pense que je dois ça en parti à ma visibilité. Une visibilité qui est souvent indésirée.
A force d'être out et outée de partout, à force de "je l'ai dit à [insérer le(s) nom(s)]" sans même me demander mon avis, j'ai fini par comprendre que je serais toujours ramenée à ça. Jamais considérée comme une femme mais plus comme une contrefaçon de femme, une femmetrans. Et si je ne suis qu'une contrefaçon, s'il faut le dire partout, limite me le tatouer sur le front, alors ça doit valoir pour tout ce qui peut venir de moi. Des ersatz de choses venant d'une ersatz de femme.
J'ai longtemps fait comme si cela ne m'attegnait pas mais cette visibilité de tout instant est psychologiquement usante et fini par être dévalorisante.

Nous ne pouvons peut-être pas payer le coût de cette visibilité.
Notre communauté est trop fragile et nous sommes trop fragiles en tant qu'individus.
Tant qu'on aura pas le droit à l'invisibilité, tant que le coût de cette visibilité ne sera pas attenué, je ne pourrais plus participer à cette journée de la visibilité sans me dire que je me mets en danger et que je mets en danger d'autres trans.

Koala

Posté par K6_49000 à 07:26 - - Permalien [#]
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10 mars 2017

Parole, Parole, Parole

A lire en préambule

Il y a peu j'ai eu des réflexions sur quelques points qui se recoupent.
En fait je suis arrivée à deux questionnements :

  • Qui a accès à la parole en milieu militant ?
  • Comment et pourquoi ?

Je vais donc donner mon point de vue sur ces deux question avec ce texte synthèse de mes tweets à ce sujets.

 

Qui a accès à la parole en milieu militant ?

Sans titre
Il est clair que quand on voit les invité-e-s lors de conférences-débats entre militant-e-s on va avoir un certain élitisme (pour ne pas dire un mépris de classe) et on va alors se demander où sont les prolos ?
J'ai rien contre les universitaires (à part un peu de mépris mais j'essaie de corriger ça), les doctorant-e-s, les étudiant-e-s de fac préstigieuses, des gens qui ont un bon CV de militant-e.
Alors peut-être que c'est un peu exagéré. Mais je me demande dans ce cas (d'un point de vue quelque peu narcissique) pourquoi je n'ai jamais été invitée à ce genre d'événement ?
J'écris des textes pour ce blog depuis 2011, on a dit du bien de mes textes et j'ai eu une certaine célébrité. Pourtant on ne m'a jamais invité a intervenir en public (non pas que je le recherche).
J'ai été dans une asso de défense des droits LGBT pendant plusieurs années, j'ai écrit quelques textes pour cette asso, j'ai tenu des permanences, j'ai donné des coups de main quand il y avait besoin et là aussi on a jamais pensé à moi pour parler des droits des trans. Pour une réunion public on a même préféré un jeune mec en début de transition qui a alors dit à propos de la psychiatrisation des trans "c'est vrai qu'on a un problème [psychiatrique] à vouloir changer de sexe".
Alors deux possibilités me vienne sur le pourquoi de ma non-invitation. La première c'est qu'il y a eu de l'hypocrisie à propos de mes textes, c'est de la merde, sans intéret, mais on ne voulait pas me blesser. La seconde c'est que je n'ai pas le CV pour être invitée à ce genre d'événement.

Les experts

les-experts-miami-c-est-fini

 

Il y a un an (ou deux, le temps passe vite) Arnaud Alessandrin était invité comme intervenant pour la queer week au sujet du transféminisme. Des femmes trans ont critiqué cette invitation d'un mec cis et le conférencier a fini par annuler sa venue.
A l'époque j'étais une de ses "amies" facebook. J'ai pu lire son message d'incompréhension. J'ai aussi pu voir une solidarité de mecs gays cis se mettre en place en utilisant des arguments réactionnaires (parlant critiquant une intollérence des meufs trans, un communautarisme, allant limite jusqu'à considérer qu'il s'agissait d'une preuve de cisphobie - même si cela n'a jamais été nommé) et notre expert était (en tout cas à mes yeux) assez indulgent envers les remarques réactionnaires de ses défenseurs.
Alors du coup j'avoue j'ai une rancoeur assez particulière envers ce mec. Du personnel plus que du politique mais on va oublier le premier et s'intéresser au second. Car c'est assez symptomatique.
Si, pour parler transféminisme, on invite Arnaud Alessandrin plutôt que moi (ou plein d'autres meufs trans tout aussi capables) c'est parce qu'il est un expert des trans. C'est un docteur en sociologie qui a fait sa carrière et sa notoriété en traitant du genre en général mais plus particulièrement de la transidentité, allant jusqu'à faire des trans le sujet de sa thèse, d'un séminaire (avec Eric Macé, autre homme cis docteur en sociologie) et d'autres écrits. Il se vantait même d'être bien renseigné sur le transféminisme puisqu'il avait rencontré des femmes trans en amérique latine.
J'avoue que pour le coup je suis bien moins experte. Je suis juste une meuf trans. Et je n'ai jamais eu l'opportunité d'aller en Amérique du sud pour rencontrer des camarades trans et donc je ne dois pas être assez compétente pour parler transféminisme. Si Docteur Arnaud Alessandrin veut me payer le voyage (et une rente) je veux bien me remettre à jour d'un point de vue militant.
Je suis méchante mais on voit bien là qu'il y a un privilège de classe. Si Arnaud Alessandrin peut se payer un voyage en Argentine pour rencontrer des militantes trans et renforcer sa légitimité comme expert des trans comment puis-je lutter alors que je peux difficilement aller à des événements militants à Paris (surtout qu'on ne m'y invite pas).

Je vais arrêter là de personifier le problème. Si cela se résumait à Arnaud Alessandrin ce serait cool mais le problème est plus vaste. Et ne se résume pas aux luttes trans.
Le problème vient que dans les milieux militants, y compris les radicaux-alternatifs-révolutionnaires on va donner de la légitimité à celles et ceux qui ont un bon CV. Quand je parle de bon CV je parle des diplomes (doctorats ou à la rigueur de masters, un CAP couture flou n'aura pas vraiment de poids ici - alors que perso je trouve ça plus cool qu'un doctorat en sociologie), l'experience universitaire (et si l'université est préstigieuse c'est un plus, Sciences Po ça pète plus sur le CV que la fac d'Angers), l'experience militante (là encore avoir tenu des permanences associatives sera moins bien classé qu'avoir été au bureau d'une grande asso)...
Et à cause de cela on restreint un peu plus l'accès à la parole des moins privilégiés qui osent à peine intervenir et qui se sentiront dans une position de spectateur plutôt passif des luttes et réflexions militantes.
Même si je pense qu'il faut quand même un minimum de bagage pour intervenir publiquement (ce qui peut, par-exemple, éviter de dire que les trans ont quand même un petit problème psychiatrique) je ne défends pas cette forme d'entre-soi élitiste. Je pense qu'on doit mettre en avant des personnes qui sortent du milieu académique. Et je pense aussi qu'un des rôles des associations avec des temps en non-mixité et d'apprendre à celles et ceux qui s'en sentent capables à intervenir publiquement (parfois même si on est en désaccord sur certains points).

 

Pourquoi et comment a-t-on accès à la parole ?

Maintenant un autre truc qu'on a pu remarqué c'est que quand on donne la parole aux minorités de toute façon c'est pour parler du seul sujet qu'on nous croit capable d'aborder : notre vécu en tant que membre de cette minorité.
C'est un truc qu'on a dans les émissions voyeuristes nulles mais qu'on retrouve dans les milieux militants (et là encore j'inclue les milieux alternatifs-radicaux-révolutionnaires).
Une meuf sera surtout considéré comme compétente pour parler des trucs de meuf. Et même si c'est pour parler d'autre chose il faudra qu'elle le ramène au fait d'être une meuf. A l'inverse un mec pourra très bien être considéré comme compétant lorsqu'il s'agira de parler féminisme.
C'est pas que je n'ai pas envie de parler de trucs de trans mais bon si un jour on m'invitait à intervenir j'aimerais que ce ne soit pas QUE pour parler de ça. Comme si j'étais incapable de parler d'autre chose (sachant que mon dernier texte sur ce blog parle anarchie et rapports de pouvoir). Le truc qu'on m'a fait remarqué c'est que non seulement nous sommes cantonné-e-s à ne traiter qu'un seul type de sujet mais en plus on nous impose un axe particulier : celui du vécu.
Là encore les minorités sont considéré incapable de politiser leurs vécus et de ne pas forcement voir l'intéret de lister les anecdotes pour condamner une oppression systémique. Oui j'ai des anécdotes de transphobie à raconter, j'en ai d'ailleurs raconté à plusieurs reprises, mais aujourd'hui je me demande s'il le faut vraiment.
Est-ce que sans ça vous considéreriez que c'est ok de me ridiculiser, de vous moquer de moi, de m'insulter, me menacer ou me frapper ?
Si je ne vous donne rien de mon vécu est-ce qu'on est pour autant en droit de me considérer comme une citoyenne de seconde zone ?
En fait je crois qu'à partir d'aujourd'hui je vais refuser de parler de mon vécu. Peut-être que si un jour on arrête de nous cantonner à cela, qu'on considère que les minorités sont aussi capables de politiser les choses et ne sont pas qu'une source d'anecdotes croustillantes alors je réviserais mon avis.

 

Voilà pour la petite synthèse.
J'ai sûrement oublié plein de trucs mais il est tard et j'ai tellement de trucs à gérer que si je n'envoie pas ce texte ce soir je crois bien qu'il ne sera jamais publié.

Une Koala toujours en colère

Posté par K6_49000 à 23:46 - - Permalien [#]

31 octobre 2016

Rapports de pouvoir et contradiction en Anarchie

A lire en préambule : Lettre ouverte aux pétitionnaires (et textes en cascade).
Note en début de page : je vais parler d'anarchie mais j'englobe la pensé libertaire (j'avoue ne pas forcement saisir la différence) et toutes les réflexions anti-autoritaires se retrouvant peu ou prou dans le slogan "ni Dieu ni Maître".

 

Il y a truc qui ne me semble pas assez questionné dans les milieux anarchistes : les rapports de pouvoir au sein de ces milieux et le fait qu'on se retrouve à avoir de petits chefs en anarchie.
Alexis Escudero, Michel Onfray, Serge Quadruppani, Pierre-Joseph Proudhon, Louise Michel, Albert Libertad... des personnes (mortes ou vivantes) se retrouve investies d'une autorité supérieure et semblent alors en droit de diriger la pensée anarchiste ou au moins le droit de chier sur la moquette de l'anarchie sans avoir à être critiqués et remis en question (et leur merde se retrouve quasi vénérée).
Pour les morts je vais pas trop les attaquer ici. Déjà certain-e-s ne voulaient pas du pouvoir de leur vivant (je pense particulièrement à Louise Michel qui voyait dans le pouvoir quelque chose de maudit) et ça les ferait peut-être hurler de savoir qu'iels sont devenu-e-s aujourd'hui des figures d'autorité de l'anarchisme (des figures de pouvoir).

Les vivants par contre je ne vais pas les epargner.
D'abord car Escudero, Quadruppani, Onfray ou les autres ne semblent pas déplaire leur pouvoir ni leurs apparitions dans différents médias.
Ensuite car, comme je l'ai dit au début cette question de pouvoir au sein de l'anarchie ne semble pas questionnée. C'était très visible (et malaisant) quand la pétition ridicule "pour la liberté d'expression et contre l'intimidation" est sortie.
Parmi les signataires on retrouvait les petits chefs de l'anarchisme ainsi que des éditeurs en leur nom propre au nom de leur maison d'édition. Et ça a surtout été critiqué par les féministes et LGBT anarchistes qui ne voyait par contre aucune défense de leur liberté d'expression et aucune opposition aux intimidations et menaces venant de "camarades". Bizarrement que des anarchistes annoncent être prêts à agir en soldat d'Escudero contre les féministes et LGBT ne semblait pas poser le moindre problème.
Et si j'en reparle encore après deux ans c'est que j'ai toujours pas digéré le morceau.
C'est aussi suite au texte de Quadruppani, appelant à la convergeance avec les flics. Un texte qu'on nous a dit être humoristique. Si Serge Quadruppani veut se reconvertir dans l'humour il en a le droit, il a le droit de mettre un gros nez rouge, deux traîts sous les yeux, un chapeau qui bouge, un air malicieux et de se faire rebaptiser Anarcozo le Clown.
Il faut voir que si des anarcha-féministes ou des militant-e-s LGBT anarchistes avaient pondu le même texte que Quadruppani ça aurait été vu comme une preuve de compromission libérale et l'excuse de l'humour aurait été directement retoquée. Si Quadruppani peut s'en sortir avec une pirouette qui ferait palir d'envie Nadia Comăneci c'est parce qu'il a du pouvoir en anarchie, il est un petit chef et des petits soldats prendront rapidement les armes pour venir le secourir et combattre à son côté.
L'anarchie peut-elle se passer de ces petits chefs ?
En fait je n'en suis pas sûre mais je vais y revenir plus tard. Par contre quitte à avoir des petits chefs l'anarchie ferait mieux de ne pas choisir des réactionnaires. Je sais qu'il y aura des "camarades" pour les défendre mais perso voir qu'on a pour petits chefs des pro-pédophilie, des antisémites, des homophobes et misogynes reprennant à la virgule les discours de l'extrême-droite catholique ça m'horrifie.

"C'est que le pouvoir est maudit et c'est pour cela que je suis anarchiste"." Louise Michel

Le pouvoir est-il maudit ?
Je ne pense pas, enfin pas vraiment car je ne crois pas aux forces de l'invisible (c'est le problème quand on est matérialiste).
Je ne pense pas que le pouvoir a corrompu Onfray, Quadrupanni, Escuredo ou d'autres. Mais je crois que si ces gens ont plus ou moins accedé au pouvoir au sein des milieux anarchistes (ou même au pouvoir médiatique en général) c'est parce que nous sommes dans une société avec des rapports de pouvoir et que l'anarchie ne sort pas de cela.
Et comme on a une reproduction des mêmes rapports de pouvoir il me semble au final presque logique (et normal) que dès que l'on aborde des sujets qui ne concernent pas directement nos petits chefs ou qui ne vont pas mettre à mal une posture anarchiste (c'est à dire dès lors qu'on sort de questions de classe) on retrouve les mêmes réflexions et discours que dans n'importe quel autre milieux.

Avant de revenir (et conclure) sur la question poser plus haut, à savoir si l'anarchie peut ou non se passer de petits chefs je voudrais m'adresser aux soldats dévoués de nos petits chefs.
Vous avez le droit de partager leurs idées réactionnaires, de relayer les discours de l'extrême-droite catholique car "quand même sur ce point ils ont pas tort", vous avez aussi le droit d'être Charlie et de faire la queue leuleu derrière des dictateurs car "c'est là qu'est le peuple" (j'ai réeelement lu ces discours sur un forum se réclamant de l'anarchie révolutionnaire - pléonasme). Vous avez aussi le droit, en bons petits soldats, de menacer de violences les féministes et LGBT, on sait que ces menaces ne sont pas des paroles en l'air et que vous serez prêts à jouer des mecaniques virils pour défendre vos chefs et leur Liberté d'Expression.
Mais commencez à prendre conscience que le fait même d'être de parfaits petits soldats au services de vos petits chefs, d'agir pour que les rapports de pouvoir au sein de l'anarchisme ne soient pas remis en cause est une contradiction majeure avec le fait de vous revendiquer anarchistes.

Et pour conclure, comme promis, mon point de vue sur "l'anarchie peut-elle se passer de petits chefs ?"
Je ne sais pas.
Whaou so much radical comme réponse. Alors je vais dévelloper.
L'anarchie est un mouvement de révolution sociale, à mon sens d'avantage que le communisme car la volonté d'icelui de consever un appareil d'Etat s'inscrit dans une forme de réformisme. Une révolution sociale dans le sens de l'anarchie ne peut pas naître du néant, il est au préalable nécessaire que les révolutionnaires soient conscientisé-e-s aux idées de l'anarchie. Il est aussi nécessaire que ce mouvement révolutionnaire soit massif, dans le cas contraire les contre-révolutionnaires auront vite fait de mâter ce qui ne sera vu que comme une rébellion.
Un des objectifs à court terme de l'anarchie devrait donc être de conscientiser un maximum de personnes aux idées anarchistes et de les convaincre qu'il s'agit là de la seule solution pour éviter les barbareries autoritaires et totalitaires.
C'est ce qui amène à cette contradiction.
On a d'un côté des gens qui sont conscientisé-e-s et adhèrent aux idées anarchistes et d'un autre celles et ceux qui ne sont pas conscientisé-e-s et/ou qui ne n'adhèrent pas aux idées anarchistes. Je pense que cette opposition entre une "élite" conscientisée et une base non-conscientisée explique en partie la présence de petits chefs dans nos milieu.
Et même moi je me retrouve dans ce travers. J'ai tendance à placer certains personnes qui ont apporté à mes réflexions (pas seulement au sujet de l'anarchie) sur un petit piedestal. Et il y a peut-être des personnes pour faire la même chose avec moi. Dès lors que l'on milite (encore une fois pas seulement dans le cadre de l'anarchie) on a le risque d'arriver à ça.
Mais malgré ce travers je pense qu'on peut quand même éviter d'avoir des petits chefs en anarchie. Ou au moins remettre en cause le pouvoir de ces petits chefs au sein du milieu.
Il faut toujours avoir à l'esprit cette contradiction de l'anarchisme, le fait qu'on fait partie d'une société avec des rapports de pouvoir et que brandir l'étiquette "Anarchiste" n'en fait pas magiquement sortir.

Cassandra

Posté par K6_49000 à 12:29 - - Permalien [#]

13 septembre 2016

Lettre ouverte à Brigitte Boréale

Brigitte,

Je ne te connais pas mais je vais te tutoyer car ça me fait chier de dire vous.
Je ne connais pas ta vie, ni ta carrière et franchement je m'en fous un peu. Je t'écris avant tout pour te donner un conseil de trans à trans :
Change de potes.

Je te conseillerais bien aussi de changer de job. Je pense que contrairement à moi (et à tant d'autres) tu peux te le permettre. Je suis précaire, j'ai pas un rond, chômeuse depuis que j'ai quitté la fac et j'ai autant de chance de voir ma situation s'arranger que de gagner au loto sans y jouer. Si tu as la possibilité de plaquer ce job où on prend plaisir à t'humilier en public alors pourquoi hésiter ?
« Mais pauvre folle - vas-tu me dire - mes potes Ornella et Lamine ne m'ont pas humiliée en public. La transphobie c'est cracher sur mon passage ou m'insulter de travelo, là cétait juste des vannes entre potes. »
(Change de potes, vraiment.)
Désolée de le dire mais Lamine Lezghad et Ornella Fleury t'ont bien insultée de travelo. Leurs "vannes" ont cet objectif de te remettre à ta place de travelo, de monstre de foire. Un mec en robe, "une bite avec du rouge à levres" pour reprendre les propos de Monsieur Poulpe (ex-employé de Canal+, peut-être un de tes potes ?). Peut-être t'es-tu habituée à ce milieu où tout le monde est pote et où il faut accepter de se faire humilier de temps en temps, c'est bien triste.

Puis bon au risque d'enfoncer les portes ouvertes laisse-moi te dire qu'une vanne entre potes c'est entre potes.
Sur une chaîne, avec un public qui se compte en millier de téléspectateurs on sort de la vanne entre pote.
Ta présence sur Canal était un symbole, tu ne représentais pas que toi mais aussi tou-te-s les autres trans.
Quand Lamine Lezghad et Ornella Fleury t'ont ramené à cette image de travelo c'est l'ensemble de la communauté trans qui a été visée à travers toi (en particulier les femmes trans). Et quand le lendemain tu disais que c'était ok ce genre de blague tu t'exprimais au nom de la communauté trans. Peut-être que toi, de ton côté, tu acceptes que tes "potes" te traitent comme un travelo tant qu'iels n'utilisent pas ce mot. C'est ton droit. Mais tu n'as pas à imposer aux autres trans d'accepter ce genre d'humiliation.
Ca te fait sûrement chier ce genre de pression, je peux le comprendre. Tu n'as pas choisi d'être un symbole, d'être la voix des trans mais c'est bien ce que tu es. C'est comme ça que les médias LGBT t'ont présentée et même ta fille y a été de son tweet pour dire que ta présence dans le Grand Journal était une grande avancée. Malgré toi tu es devenue un symbole. Et certain-e-s n'hésiteront pas à s'appuyer sur tes propos pour justifier leurs agressions transphobes. Il y a peu un avocat a utilisé Travelo de Florent Peyre pour défendre une agression transphobe, veux-tu que demain, quand un-e trans se fera agressé-e après avoir été appelé-e "Madame-M'sieur" un avocat utilise tes propos pour nier la transphobie de l'acte et défendre l'agresseur ?
Peut-être que s'il y avait plus de trans médiatique (WINK WINK JE CHERCHE UN JOB WINK WINK) tu aurais moins de résponsabilité d'un point de vue représentation. Mais ce n'est pas le cas. C'est tellement pas le cas qu'on continue d'engager quasi-systématiquement des mecs cis pour jouer des rôles de femmes trans (à croire que les actrices trans n'existent pas).

Voilà tu te torcheras peut-être avec cette lettre d'une "folle" (quoi qu'avec une lettre en ligne dur de se torcher mais tu peux toujours l'imprimer). Au moins j'aurais dit ce que j'avais à dire.

Cassandra Koala

Posté par K6_49000 à 11:51 - Permalien [#]

12 juin 2016

Trans : identités politiques contre politiques identitaires

D'abord qu'est-ce qu'une identité politique?
Voilà une question difficile. Pour le texte à venir je vais parler d'une identité politique fictive : L'Autre.

Je dirais qu'un des points de départ pour construire une identité politique c'est quand L'Autre est nommé-e soit en position d'infériorité par rapport à une classe dominante soit en opposition à une présupposée normalité.
Une fois L'Autre nommé-e la société va mettre en place des structures pour réduire sont agentivité (agency en anglais), c'est l'oppression systémique.
L'Autre se retrouve bien emmerdé-e quand tel-le Annie Cordy iel voudrait bien (ien ien ien) mais ne peut point (oin oin oin) vivre égal-e aux autres citoyens (yen yen - ah non merde ça c'est Les Romanesques). Du coup L'Autre se retrouve un peu bloqué-e.
Iel peut toujours afficher être Autre (entraînant une mise en danger - parfois iel n'a pas le choix de s'afficher ou non comme Autre).
Iel peut se rendre compte qu'être Autre à des conséquences sur sa vie, sur son accès aux soins, à la scolarité, au logement, à l'emploi, à l'espace public (etc) et se dire qu'iels aimerait bien que cela change mais comment faire ?
Individuellement pas grand chose.
Iel peut toujours porter une étiquette "Autre politique", mettre qu'iel est Autre sur sa bio twitter ou écrire un blog en tant qu'Autre cela ne changera en rien les vies des Autres en général. Ce qui sera dit sur un blog, sur twitter ou ailleurs pourra être pertinant ou non cela n'apportera pas grand chose (et heureusement n'enlevera pas grand chose) aux vies des Autres et cela ne fera pas vraiment changer la société.
Même si ça touche quelques personnes, qui vont s'y retrouver, partager ses textes et y répondre on voit que ça bouscule pas grand chose. N'en déplaise à nos égos, individuelement, quand on est Autre, nous n'avons aucun pouvoir politique.

Du coup s'iel veut changer les choses notre Autre se retrouve avec peu de possibilités. L'une d'elle consiste à se regrouper avec d'autres Autres, mettre en commun leurs vécus, mettre en lumière les structures d'oppressions, réflechir aux possibilités d'actions. C'est alors là, selon moi, qu'on obtient une identité politique (ou politisée).

Hors aujourd'hui j'ai l'impression qu'on est à un point de bascule entre un militantisme d'identités politiques à un militantisme de politiques identitaires.
Je me sens dépassée par la myriade d'identités et de nouveaux accronymes brandis, j'ai l'impression qu'il apparaît une nouvelle identité par jour et qu'on ne doit ni questionner la pertinence des ces nouvelles identités ni questionner ce phénomène.
Perso ça m'embête car comme d'autres je ne peux m'empêcher d'y voir là un discours libéral, l'individu au centre du discours politique au dépend du collectif. Et les réactions que je vois sur twitter dès lors que l'on questionne la pertinence de certaines de ces identités ou le flou de certanies définitions me conforte dans cette idée.Vous allez me dire que c'est une réponse à la violence des critiques que l'on adresse. Cependant quand j'avais essayé d'expliquer calmement pourquoi les flous de définitions sur la non-binarité et sur transgenre/transsexuel-le posaient problème au sein de la communauté trans j'avais eu les mêmes réactions. Et je pense vraiment qu'il y a là un problème dans nos pratiques militantes en ligne non sans lien avec le fait d'être d'avantage dans une démarche de politique identitaire que dans la tentative de construction d'une identité politique.

Il est important, pour la construction d'une identité politique d'avoir des définitions claires et simples de ce que nous mettons derrière L'Autre, y compris pour nous même.
Ca ne veut pas dire qu'il faut pour autant reprendre la définition que la société a accolé à L'Autre mais qu'on peut derrière les mêmes mots mettre nos propres définitions.
Dans le cas des non-binaires aujourd'hui nous avons des gens qui expliquent être des hommes non-binaires ou des femmes non-binaires. Je veux bien mais du coup il faut que l'on m'explique la non-binarité car ça échappe à la définition qu'on m'en avait donné comme n'entrant pas dans la binarité homme-femme.
On a aussi des discours qui expliquent la non-binarité en fonction de l'expression de genre féminine/masculine (voire du passing, cf les queers qui se demandent comment me genrer en fonction de mon passing alors que je me présente comme une femme).
Et ce soir j'ai pu voir un mec expliquer à une femme cis qu'elle pouvait réfléchir car elle était peut-être non-binaire alors qu'elle se définissait clairement comme une femme cis.
On pourrait dire que cela ne me concerne pas mais de fait les luttes non-binaires sont liées aux luttes trans. Enfin ça dépend car selon les définitions que j'ai pu voir on peut être non-binaire sans être trans ou encore j'ai pu lire qu'être trans impliquait forcement d'être binaire.
Ce qui pose le second problème : l'absence de définition claire de ce qu'est être trans.
Et ce n'est pas un problème anodin. On est plutôt d'accord que dire qu'on est tou-te-s un peu trans est craignos et je pense que bon nombre de non-binaires seront d'accord pour dire que c'est tout aussi craignos de venir dire qu'on est tou-te-s un peu non-binaire.
Je pense vraiment que pour empêcher ça ce n'est pas les politiques identitaires queers ou Mogai apportant une multiplication d'identités rendant les définitions de plus en plus floues qu'il nous faut mais bien une approche matérialiste et la construction d'identités politiques clairement définies.
Ca peut sembler dur, violent, excluant et tout ce qu'on veut mais c'est impératif. C'est impératif et c'est selon moi le seul moyen pour lutter contre les TERFs (et je parle là de féministes transphobes francophones prêtes à s'inscrire dans la même mouvance que leurs collègues américaines Brennan ou Jeffreys) et à nous traiter comme une menace lavende à éradiquer politiquement voire physiquement. C'est avec une définition claire de trans (et donc de cis) que l'on pourra répondre quand elles écrivent qu'elles refusent d'être appellées cis sous pretexte qu'elles n'entrent pas dans les normes de genre. Ce n'est qu'avec une approche matérialiste et des définitions claires qu'on pourra répondre à Delphy quand elle explique qu'être trans c'est croire que si un jour elle se nomme homme alors elle aura accès aux privilèges masculins.

Enfin au sujet de regrouper toutes les identités et orientations sexuelles sous une même banière j'ai vraiment du mal. Est-ce qu'on a pas assez de critiques de l'imposture LGBT qui se retrouve être avant défendre les intérêts des gays et n'avoir que peu d'intérêt pour les droits des femmes non-hétéros (PMA pour tou-te-s) et des trans?
Il me semble qu'assez récemment encore on a vu les assos LGBT les plus influentes applaudir un amendement sur le changement d'état civil qui ne peut que déterirorer les vies des trans et même après nos nombreuses critiques on voit des LGB cis nous dire qu'on devrait s'en satisfaire.
On est quand même un certain nombre de trans (même des avec qui je suis parfois en désaccord) à considérer qu'il faudrait peut-être s'exclure des assos et orgas LGBT et commencer à travailler, militer et penser en non-mixité.
Du coup je ne comprends pas pourquoi malgré ces preuves d'un échec de l'union LGBT on cherche encore à la reproduire sous une autre forme. Surtout qu'on a déjà pu constater que les dites alternatives TPG ou Queers n'apportaient au final rien de plus.

Voilà le texte risque d'être super brouillon est incomplet mais depuis le temps que je bosse dessus j'ai peur de ne pas réussir à l'envoyer (ou le finir) si je ne fais pas cela maintenant.
Je serais disponible sur Twitter et sur la page du blog demain (le 30 juin) pour en discuter / apporter des précisions si vous voulez.
Après je pense prendre mes distances avec le militantisme trans car je finis par en être dégoûtée. Je ne garantis pas que ce soit définitif (rebouchez le champagne) mais il va me falloir un bon temps de repos loin de tout ça.

Cassandra toujours autant Koala.

Posté par K6_49000 à 13:54 - - Permalien [#]


08 mars 2016

Journée internationale des droits des femmes

Je suis épuisée par ce 8 mars. Par cette journée internationale des droits des femmes.
J'ai pourtant fait deux siestes d'au moins une heure dans la journée et j'ai essayé (en vain) de me tenir éloignée de tout ce qui pourrait m'énerver mais ça ne suffit pas.

Le 8 mars n'est pas le seul jour de l’année pour être féministe et défendre les droits des femmes mais une journée symbolique de la lutte féministe. De même le jour du souvenir trans et le jour de la visibilité trans ne sont pas les seuls jours pour défendre les droits des trans mais des instants symboles. Idem avec le 17 mai ou les marches des fiertés.

Cette journée est aussi devenue une journée de marketing genré ("mesdames : - 20% sur cette culotte pour ce 8 mars"). Ces opérations commerciales donnent envie de sortir les couteaux mais notons que souvent elles ne concernent pas toutes les femmes mais seulement les femmes cis (ou les trans avec un bon passing), les femmes trans (surtout si elles n’ont pas un bon passing) seront renvoyées à un statut de sous-femmes, de contrefaçons et n’y auront pas droit. 
C’est aussi une journée des réflexions misogynes ("vivement le 9 que bobonne recommence à faire la vaisselle") de mecs qui sont sexistes à longueur d’année mais se pensent encore plus drôles et subversifs de l’être un 8 mars. Des réflexions misogynes et parfois aussi de réflexions transmisogynes.
Et c’est aussi une journée où (maladroitement ?) des féministes et alliés font comprendre que les femmes concernée par cette journée sont les cis.

Et c'est aussi une journée où pour condamner des féministes et alliés ont relayé toutes les horreurs misogynes (et transphobes) qu'on le prend déjà bien assez dans la gueule chaque à longueur d'année.

Bref c'est une journée épuisante, une journée de cauchemar.
Et comme ces temps-ci je ne vais pas trop bien je n'ai pas pu rester déconnecté de tout comme je l'aurais voulu (j'avais besoin de contacts sociaux).

Voilà mon bilan du 8 mars, une journée éprouvante, épuisante, qui donne autant envie de sortir les couteaux que de se rouler en boule sous les couvertures.
Et mon projet pour le 8 mars prochain : hiberner.

Koala

Posté par K6_49000 à 21:44 - Permalien [#]

29 janvier 2016

Trans, isolement et relations nocives

A lire en préambule :
Tu sais, bébé, mon coeur n'est pas sur liste d'attente sur le blog Un bruit de grelots
J'emmerde votre liberté 1, 2 et 2 bis sur le blog Chronik de nègre(s) inverti(s)

Ca fait quelques temps déjà que je pense à écrire ce texte. En fait chaque fois que je parle du sentiment d'isolement social que l'on peut vivre en tant que trans et des comportements à risque que cela entraîne il y a des trans pour me dire qu'ielles ressentent la même chose voire que je devrais écrire un texte sur ce sujet.
Les textes cités en préambules abordent déjà un peu la question, il y en a sûrement d'autres en français (et encore plus en anglais) mais une redite ne me semble pas totalement inutile.
Sur twitter j'avais demandé combien de trans se sentaient isolé-e-s ou pas à leur place en société et à quelle fréquence. La majorité (pour ne pas dire la quasi totalité) des réponses allaient dans le même sens, les trans se sentent rarement à leur place, assez souvent isolé-e-s. Il y avait un facteur passing et d'entourage choisi qui faisait que certain-e-s avait des espaces et temps où iels se sentaient mieux, un peu plus à leur place, mais globalement on en revenait à la solitude.
J'avais commencé un texte sur la base de ces réponses. Le problème c'est que j'ai perdu les notes que j'avais prises sur les réponses à ma question ainsi que l'ébauche de texte.
Je vais donc reprendre de zéro, en m'appuyant sur mon vécu, ce que j'entends et ce que j'ai lu d'autres trans. On pourra facilement réduire la dimension politique de ce texte en disant que ce n'est que du vécu, que je suis trop subjective mais de toute façon les mêmes auraient pu dire que l'échantillon qui m'avait répondu sur Twitter était trop petit et n'avait rien de représentatif.
En fait même si j'avais eu des témoignages de trans je pense qu'il y aurait eu des gens (y compris des militant-e-s allié-e-s) avec les meilleures excuses du monde pour remettre en question les constats que j'en fais.
Il y a bien un rapport sur la transphobie sur lequel je pourrais m'appuyer mais je le trouve peu lisible et critiquable.

Premier constat : les trans sont écarté-e-s de la société.
C'est un fait social, être trans c'est être mis-e à l'écart de la société.
Une mise à l'écart qui se fait via les insultes, les violences physique, le mépris, les moqueries... Les trans ont plus de difficultés à trouver et garder un emploi en étant out (donc à avoir du lien social avec des collègues de travail), on peut se retrouver à perdre contact avec ses ami-e-s, avec sa famille proche. (page 54 du rapport sur la transphobie)

Second constat : la transphobie ne connait pas de frontières.
(page 52 du rapport sur la transphobie) Je l'ai trouvée en pleine rue, dans les administrations, en famille, avec mes ami-e-s, pendant mes loisirs, chez les médecins, dans le milieu LGBT mainstream, chez les plus déconstruit-e-s des queers/TPG... et d'après les tweets d'autres trans je crois que je ne suis pas la seule à avoir dû affronter des comportements et discours transphobes un peu partout.
Ce sont des actes et des propos quasi quotidiens qui grignottent notre estime personnelle, à force on fini par se sentir moins que rien. Comme il n'y a pas vraiment de safe place, on peut avoir tendance à être sur la défensive et à s'isoler. Bien sûr il y aura des petites différences en fonction du milieu fréquenté, qu'on y soit out ou non et du passing mais de manière générale c'est l'isolement qui semble l'emporter.
Personnelement même quand ça se passe bien dans un certain cadre je reste sur la défensive sachant que ça peut tomber quand je m'y attends le moins.

On va donc avoir un double isolement. Le premier est indépendant de nous, le second est plus volontaire. C'est un moyen de défence, pour éviter d'être violement écarté-e-s on se met de nous même à l'écart (c'est un truc qui me bloque dans mes loisirs et goûts).

Troisième constat : on a besoin de contacts sociaux.
Ce n'est pas valable que pour les trans. Je pense que peu peuvent rester à l'écart des autres de longues périodes sans finir par se morfondre.
On est éduqué pour s'intégrer en société, c'est le principe même de la socialisation. Certain-e-s arrivent peut-être à y echapper et partent vivre à poil au fond d'une grotte mais c'est plutôt rare. En général on reste près d'autres humain-e-s, on essaye d'établir des contacts avec certain-e-s et quand on y arrive pas on peut sombrer dans la mélancolie.

Si on accepte ces trois constats on peut comprendre que tiraillé-e-s entre l'isolement et le besoin d'avoir des contacts sociaux les trans pourront finir par accepter des relations nocives.
Je me souviens par exemple des trans dire que quand même il fallait arrêter d'être hostiles envers les translovers car au moins ils sont là. En gros il fallait accepter de vendre nos cul gratos à des fétichistes car sinon on aurait personne.
Des trans vont accepter de se faire insulter pour être acceptées dans les milieux radicules sans questionner qui se réapproprie quoi.
On va faire des efforts pour qu'un couple tienne et parfois on sera seul-e à faire ces efforts.
On va fermer les yeux, laisser passer des violences physiques, des insultes, des propos qu'on ne supporte pas et tout ça pour ne plus se sentir si seul-e.
On va accepter de rire avec celleux qui nous insultent, de défendre les cis qui parlent à notre place pour dire de la merde.
On va parfois prendre la défense de cis transphobes contre d'autres trans. Je l'ai vu quand Mr Poulpe me harcelait et m'envoyait son public de fascos sur Twitter pour avoir osé dénoncer sa transphobie (j'étais pas la seule) et qu'une trans l'a défendu au nom de l'humour et on a sûrement eu le même genre de chose avec Pouhiou, Florent Peyre, Regis Mayot... et je ne doute pas qu'on l'aura encore.

Je pourrais trouver d'autres exemples de la façon dont on (trans) peut accepter certaines choses pour ne plus se sentir isolé-e-s mais on va éviter de faire un catalogue qui de toute façon ne sera pas exhaustif

Et pour conclure?
Je sais pas trop.
Ah si j'ai trouvé!
Ma conclusion s'adresse surtout aux cis qui se disent nos allié-e-s.
Essayer de garder à l'esprit notre isollement. Les trans auront plus à perdre en l'ouvrant pour vous critiquer que vous en disant de la merde sur les trans. Des trans vont peut-être se mettre de votre côté (ou ne rien dire mais rester vos potes) afin de se sentir un peu moins seul-e-s - et ce sera peut-être inconscient. Que souvent les seul-e-s à qui on demandera des efforts sont les trans. Qu'on a pas vraiment de communauté dans laquelle on peut soufler. Bref que vous êtes dans une position dominante dans vos interractions sociales avec d'autres trans et que ce serait peut-être à vous de faire un minimum d'effort (ne serait-ce qu'entendre ce que nous disons).

Koala

Posté par K6_49000 à 16:33 - - Permalien [#]

18 novembre 2015

Raison de sécurité

C'était rassurant
C'était pour ton bien
Tu as accepté
D'être surveillé-e
Te faire enchaîner
Un flic a chaque rue
Les mots des despotes
Le doux bruit des bottes
Et tu as gobé
La méfiance, la haine
La vengeance, la peine
Pour chanter en coeur
"La guerre c'est la paix"
Pour scander en coeur
Vivent les dictateurs
Un oeil pour un oeil
Une dent pour une dent
Ne reste que la mort
Ta chère liberté
T'a été volée
Ta libre expression
Est maintenant fliquée
Tu as tout perdu
Ta sécurité
N'est qu'une illusion
Car tu as ouvert
Ta porte au fascisme

Koala

Posté par K6_49000 à 11:33 - - Permalien [#]

18 mars 2015

Etre trans, une maladie psychiatrique de Schrodinger

Depuis 2010 des journalistes mais aussi des membres d'assos LGBT expliquent que, grâce à Roselyne Bachelot, être trans n'est plus considéré - en France - comme une maladie psychiatrique.
Bon alors pour les journalistes j'ai peu d'espoir, encore récemment un article dans Le Monde parlait de cette France pionière dans la dépsychiatrisation des trans (je m'en souviens car j'avais grogné comme à mon habitude), vérifier les infos ne semble plus faire partie du travail des journalistes. En tout cas pas en ce qui concerne certains sujets.
Par contre quand ça vient de militant-e-s dit-e-s LGBT j'avoue grincer des dents.
Ce qu'à fait Roselyne Bachelot (je l'ai déjà dit sinon ici au moins sur twitter) c'est reclassifier le transsexualisme d'ALD 23 (affections psychiatriques longues durées) à ALD 31 (affections longues durées hors listes). L'ALD est une attestation qui permet le remboursement de frais médicaux quand on a une "affection" nécessitant un traitement à vie. 
Ce que ça a changé dans la prise en charge des trans en France?
Que dalle, rien, nada.
La majorité des endocrinologues nous imposent toujours d'aller voir des psychiatres et pas cellui de notre choix (le libre choix du médecin n'existe pas pour les trans) mais des psychiatres "spécialistes" (c'est à dire des défenderesses et défenseurs de visions patriarcales de ce que sont L'Homme et La Femme et qui ont poussé bon nombe de trans au suicide).
Bizarre pour ce qui "n'est plus considéré comme une maladie psychiatrique" d'après les médias.
Alors on a un petit réseau de psys, généralistes, endocrinologues ou autres médecins plutôt cools qui ne vont pas nous imposer les équipes de la SoFECT mais quand t'es dans une petite ville, que tu ne connais pas de réseau trans, que tu ne connais pas ces médecins un peu plus cools, que tu es un peu paumée, que tu n'es pas friquée (ça joue) : c'est la merde pour ne pas tomber entre les griffes de ces transphobes.

Et ça va devenir pire. Surtout pour les trans qui n'ont pas les moyens de se payer une soirée à 50e pour montrer comme iels ont réussi leur transition et a devenir patron-ne-s (oui petit tacle gratuit mais je me défoule).
J'avais vu des tweets d'une amie parlant du non renouvellement d'ALD mais j'avoue être un peu distante avec twitter et le militantisme ces derniers temps - pour mon propre bien être - donc je n'avais pas cherché d'avantage d'infos. 
Depuis j'ai vu un ami un peu plus renseigné et il m'a dit qu'il  avait entendu plusieurs témoignages de cas semblables dans l'ouest et sur Paris. Il semblerait donc que la Sécu ne renouvelle plus les ALD pour les trans qui ne sont pas passé-e-s 2 ans entre les griffes des transphobes de la SoFECT. De plus la Sécu refuserait de rembourser une part des opérations pour certain-e-s trans qui ont pourtant l'ALD parce qu'iels n'ont pas eu de suivi psychiatrique de 2 ans avec les transphobes de la SoFECT.
Deux ans de suivi psychiatrique pour quelque chose qu'on nous dit ne plus être considéré comme une pathologie psychiatrique depuis cinq ans. C'est ce qu'on appelle du foutage de gueule en bon et due forme.

Alors on va faire un peu de discussion sur la convergence des luttes car là on est en plein dans le sujet.
Convergence des luttes trans (je dirais même féministes et LGB) et des luttes anticapitalistes.
Je m'explique.
En France la SoFECT à la mainmise sur la prise en charge des trans et même si nous ne sommes pas nombreuses c'est intéressant pour ces médecins de garder cette mainmise. Autant le dire clairement : les médecins de la SoFECT se font du fric sur le dos des trans.
Et si la Sécu nous envoie dans leurs griffes ces bourgeois-es se feront encore plus de fric en exploitant les trans prolos (et en coûtant plus de fric à la Sécu soit dit en passant).
Alors le premier Escuderonfray égarré sur mon blog bavera qu'on a qu'à faire sans, que les amérindiens et bien iels avaient pas de traitements hormonaux et pourtant il y avait des trans. Après leur avoir gentiement présenté mes rangers je leur expliquerais gentiement que hey c'est pas le même contexte social scumbag. Dans les cultures ou des "trans" étaient/sont accepté-e-s sans traitements bah ouais c'est pas nécessaire mais breaking news : CE N'EST PAS LE CAS DANS LA SOCIETE DE MERDE DANS LAQUELLE ON VIT !

Bon mon texte part un peu dans tous les sens.
Résumé : Que crève la SoFECT. Libre choix du médecin pour les trans. Remboursement des frais de transition sans condition. Dépsychiatrisation réelle. Et je suis en colère pour changer.

Koala

Posté par K6_49000 à 00:04 - - Permalien [#]

09 mars 2015

Manifeste pour l'interdiction de l'humoriste

Camarades je pense qu'il est important de parler d'un sujet important : l'interdiction de l'humoriste.

Je vous vois déjà venir me demander ce que j'ai contre l'humour.
Rien. J'ai beau chercher je n'ai aucun grief contre l'humour. En fait j'aime bien l'humour, je l'aime bien qu'il soit humour peau d'banane, morbide, calembour ou contrepet.

Et a proprement parler je ne suis pas anti-humoriste, c'est plutôt l'humoriste qui est anti-moi (là je paraphrase Une journée particulière juste pour faire genre j'ai de la culture t'as vu).
En effet en tant que meuf trans je suis une punchline de choix pour l'humoriste.
L'humoriste qui est tellement original qu'on pourrait presque créer un générateur automatique de sketch sur les trans.
Je n'exagère pas, tout sketch sur les trans contient au moins l'un des quatre éléments suivants : "pute", "bois de Boulogne" (ou endroit local équivalent), "Brésil" - pour un petit combo raciste et "en fait c'est un mec / un trav / une bite". Même pas de quoi trouver neuf cases pour faire un bingo tellement l'humoriste manque d'originalité.
Et ce manque d'originalité ne concerne pas que les trans.

Alors admettons qu'à une époque ces blagues aient été drôles, j'en doute mais bon on va faire comme si.
A force de nous ressortir en boucle des variations de gags déjà vus, reposant sur des stéréotypes éculés.
L'humoriste me fait presque penser à un-e gamin-e qui viendrait me raconter l'histoire de monsieur et madame Bombers qui ont un fils qui s'appelle Jean en pensant avoir inventé l'eau chaude. Quand ça vient d'un-e enfant je trouve ça un peu attendrissant, presque drôle, puis bon les histoires de monsieur-madame sont souvent plutôt anodines, gentillettes.
L'humoriste, qui est un-e adulte, va tenir des propos racistes, sexistes, homophobes (...) "pour de rigoler" et va demander qu'on l'applaudisse (et qu'on le paie) pour cet humour. Là je trouve ça juste pitoyable.
A bien y réfléchir qu'est-ce qui permet de distinguer l'humoriste de l'enfant ?
L'enfant est généralement moins poilu-e et un peu plus drôle que l'humoriste mais à part ça ?
Quand on le contrarie l'humoriste va avoir les mêmes réactions qu'un-e enfant, bouder, faire un scandale en constatant que tout le monde n'est pas en admiration devant son caca puis en appeler à ses potes, aux grand-e-s (ici les grand-e-s seront d'autres humoristes célèbres - parfois mort-e-s, comme par exemple Desproges qui n'a jamais eu autant d'ami-e-s depuis qu'il est mort), voire à des divinités (Sainte Liberté D'Expression, sa soeur Sainte Humour Second Degré) les invoquant par réflexe, comme un "c'est c'ui qui dit qui y est" de cour de récrée.
Comme l'enfant en bas âge l'humoriste est incapable de se remettre en question car il est incapable de concevoir de l'empathie. Si ça le fait rire alors c'est drôle. Si ça le vexe alors c'est méchant donc pas drôle.
L'humoriste est incapable de voir que son discours d'humour ne vient pas de nulle part, qu'il s'inscrit dans une société de races, de sexes et de classes et bien souvent ne fait qu'entretenir des stéréotypes racistes, sexistes et capitalistes.

Je propose donc l'interdiction de l'humoriste.
Et pour que l'humoriste ne se retrouve pas sans rien à faire je propose que l'on créé des fermes communautaires (autogérées cela va de soit) pour y envoyer l'humoriste et lui donner enfin une utilité sociale.
Je suis même prête à inaugurer ces kolkhozes s'il le faut.
Après tout j'aime faire parfois des traits d'humour et ils n'ont pas toujours été très fins.

 

Koala

Posté par K6_49000 à 20:27 - - Permalien [#]