Il y a peu je suis tombée sur une interview de Martin Dufresne par Isabelle Alonso.
C'est intéressant de voir un homme cis hétéro ainsi mis en avant. Comme si Martin Dufresne avait besoin d'être ainsi mis en avant. Enfin passons, je pense que l'on connait ma colère envers les (pro-)féministes transphobes. Je pense que les gens qui refusent de voir la transphobie de Martin Dufresne et de ses ami-e-s ne changeront pas d'avis.
Martin Dufresne à trouvé lors de cette interview l'occasion pour marquer des points auprès des féministes transphobes. Ce n'est pas la première fois, on a pu voir Martin Dufresne (mec cis hétéro je le rappelle) dire à Cathy Brennan qu'elle n'était pas transphobedire à Cathy Brennan que l'accusation de transphobie n'était qu'un outil de déraillement et sous-entendre que les trans étaient en tandem avec les masculinistes et faire la pub de cette même Cathy Brennan, féministe connue pour sa transphobie (elle a outé des trans, invité ses followers à les harceler, envoyé une lettre à l'ONU pour s'opposer aux droits des trans, tenu des discours transphobes sur une radio GLBT... - lire ici, en anglais). En tapant sur les meufs trans Martin Dufresne sait qu'il assure son pouvoir au sein des milieux féministes et sa position de "pro-féministe".
Mais bon, encore une fois je sais que certain-e-s resterons sourd-e-s à ces discours.
« Mais non mais Martin il est pas comme ça. »
« Mais non mais il a pas vraiment remercié DSK d'avoir violé Nafissatou Diallo, c'était un dérapage, de l'humour mal compris [insérer autre(s) excuse(s) bidon(s)]. »
« Puis de toute façon tout ça c'est des accusation du STRASS pour le faire tomber. Martin c'est un gars bien! »
Pardon, je m'égare encore.

Voilà la phrase de Martin :
« L’exacerbation virile du pouvoir sur l’autre se vit dans une foule de registres, allant du beauf primaire au queer militant qui réclame d’être traité comme une femme (y compris un accès sexuel aux lesbiennes) »
Quand on est habitué-e-s aux discours des féministes transphobes relayés par Martin Dufresne (que ce soit les textes de Sheila Jeffreys, Christine Le Doaré, Michèle Dayras...) on sait que les critiques du "queer" servent surtout à taper sur les meufs trans et quand Martin Dufresne parle de "ce queer militant qui réclamerait d'être traité comme une femme" (et d'avoir un accès sexuel aux lesbiennes) il attaque les meufs trans lesbiennes, surtout celles qui questionnent le non. C'est un truc que l'on peut lire souvent chez les féministes transphobes (c'est d'ailleurs dans le courrier que Cathy Brennan a envoyé à l'ONU), les femmes trans seraient des masculinistes cherchant à violer les femmes et leurs espaces.
Pourtant il faut que nous questionnons le "non" et c'est ce que je vais faire ici, essayant d'oublier Martin Dufresne pendant qu'il déguste les cookies (offerts par certaines féministes) sa bite bien posée sur le féminisme.

 

Mais attention, questionner le "non" ne veut pas dire outrepasser ou chercher à outrepasser le "non".
Il faut prendre conscience que nos "non" sont souvent problématiques mais même problématique un "non" est et doit rester un "non". Forcer une personne, passer outre son "non", c'est violer cette personne.
De plus il faut éviter de mélanger le personnel et le collectif.
Un "non" peut être problématique pour plusieurs raisons mais il y a un travail d'équilibriste à faire. Il faut inviter les gens à se questionner sur leurs "non" sans questionner les personnes sur leurs "non". Je sais pas si on comprends ce que je veux dire mais j'essaie de vous expliquer à quel point il y a un équilibre précaire autour du questionnement du "non".
Pour vous faire comprendre je vais développer cette idée par rapport à quelque chose que je connais bien : La transphobie.

 

Un "non" peut-être transphobe.

J'ai un niveau en anglais assez moyen, il me permet plus ou moins de comprendre les message de (maximum) 140 caractères et quelques textes courts mais quand c'est trop long et/ou que cela emploie un vocabulaire trop compliqué je décroche vite. Aussi je n'ai pas trop compris ce qu'il y avait derrière le concept de "cotton ceiling" (plafond de coton). C'est par rapport au fait que les trans (à priori il est surtout question des meufs trans) sont exclu-e-s du marché des personnes avec qui ont peut baiser ou être en couple (ce que Virginie Despentes appelle "le marché de la bonne meuf" dans l'intro de King Kong Théorie est inaccessible aux meufs trans) et cela se centre sur la transphobie qu'il y a derrière certains "non".
Bien sûr les féministes transphobes ont tout de suite sauté sur l'occasion pour dire que les trans cultivaient la culture du viol. C'est ce qui est sous-entendu dans le discours de Martin Dufrenes ci-dessus (j'ai d'ailleurs appris l'existence de ce "cotton ceiling" dans un tweet de Cathy Brennan où elle utilisait ce concept pour justifier sa transphobie, présentant les trans comme "pro-viol").
Comme je l'ai dit ci-dessus mon niveau d'anglais est assez moyen. Les premiers textes que j'ai lu sur la question venaient de féministes transphobes (ce sont les mieux référencés, ceux qu'on trouve le plus facilement) et l'argumentation se résumait grosso-modo à dire que "ah bah on l'avait bien dit qu'en fait les trans c'est des mecs qui veulent avoir un accès à nos espaces et à nos sexes". J'ai ensuite cherché des textes transféministes sur la question mais ceux que j'ai trouvé étaient longs, compliqués... chiants. Du coup j'ai laissé tombé.
Je m'en fous un peu du "cotton ceiling". Peut-être que les trans qui ont créé ce concept ont fait/dit de la merde mais (si c'est le cas) ce n'est pas une raison pour s'en prendre à tou-te-s les trans. Surtout que ce concept soulève quand même quelque chose d'intéressant, le fait que le "non" peut être transphobe.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ont peut accepter ou refuser d'avoir des relations sentimentales et sexuelles avec quelqu'un-e.
On ne peut pas prétendre que nos choix soient neutres.
Ovidie à raison de parler des femmes trans comme de femmes qui font fantasmer mais qu'on épouse pas.
Etre une trans c'est être imbaisable. Et même quand on baise avec un-e trans cela doit être honteux. Qui irait se vanter d'avoir baiser un-e trans à la machine à café?
Pour certain-e-s les trans sont un objet de fantasme mais cela ne va pas plus loin. Pour beaucoup il ne faut pas être trop regardant-e pour relationner avec une meuf trans (surtout sexuellement).

 

Sans_titre 
Un peu de transphobie avec Christine Le Doaré, ex présidente de centre GL(bt)

Bon OK, je noircis le tableau. Mais...
Nous sommes dans une société transphobe.
Il est plus facile d'avoir des relations romantiques et sexuelles pour les cis que pour les trans.
Un-e trans en couple avec un-e cis a plus de risques d'être victime de violences physiques et psychologiques qu'un-e cis (50% des personnes trans ont été violées ou agressées par un-e partenaire).
Ce sont des faits.
Et quand une femme (ou un mec) repousse toute idée de relation avec moi je ne peux pas ignorer qu'il y a peut-être de la transphobie derrière ce "non". La personne qui refuse d'avoir une relation avec moi n'a aucun compte à me rendre, elle n'a aucune raison d'expliquer son "non" et je n'ai pas le droit de la questionner pour savoir ce qu'il y a derrière son "non".
Par contre je pense qu'il est bon de dire ici même qu'il peut y avoir de la transphobie derrière un "non" et que nos "non" ne sont pas toujours neutres.
Moi même j'ai pendant un temps considéré comme inenvisageable de relationner avec des trans. Et pourtant je suis trans. Puis je me suis rendue compte que ce refus était une part de transphobie interiorisée, j'ai questionné mon "non" et je me suis rendue compte que j'avais été vraiment conne.

 

On est dans une société d'oppressions (au pluriel) et de dominations (là encore au pluriel).
Dans cette société il est plus facile de relationner pour les dominant-e-s que pour les dominé-e-s.
Quand on refuse une relation amoureuse ou sexuelle avec quelqu'un-e il peut y avoir un côté transphobe, validiste, sexiste, raciste, homophobe, lesbophobe, biphobe, intersexophobe, classiste... derrière notre "non" et on peut ne pas en avoir conscience.
Même si nous n'avons de compte à rendre à personne par rapport à nos "non" j'aimerais qu'individuellement nous nous questionnions d'avantage sur nos "non".
Que nous ne balayions pas d'un revers de la main ce que nos "non" peuvent avoir de problématique (même si parfois ils sont pleinement justifiés, par exemple je ne pourrais pas relationner avec un-e militant-e d'extrême-droite).

Koala

 


Note :

Il faut bien tenir compte des rapports de dominations ici.
J'invite par exemple les personnes cis à se questionner sur leur refus de relationner avec des trans, pas l'inverse. Les cis sont des privilégié-e-s et l'un de leurs privilèges est de pouvoir relationner plus facilement (et d'avoir plus de choix). C'est plus difficile pour les personnes trans et je comprendrais qu'un-e trans ne souhaite pas relationner avec des cis. Et pitié ne venez pas me parler dans ce cas là de cisphobie ou je vais me fâcher.

Il faut bien tenir compte des rapports de dominations ici. Et du fait qu'ils sont multiples.
Aussi on peut se retrouver dominant-e selon un (ou plusieurs) axe(s) d'oppression - énième rappel : non, les meufs trans ne bénéficient pas des privilèges masculins - mais dominé-e selon un (ou plusieurs) autre(s).
Mais c'est pour ça que j'insiste sur le fait que ce questionnement doit être personnel.
C'est individuellement qu'il faut nous questionner sur ce que nos "non" peuvent avoir de problématique.
Et de toute façon si vous n'avez aucune envie de relationner avec une meuf trans dites-vous bien que moi je n'ai aucune envie de relationner avec un-e transphobe.