Clac clac clac
Il est plus de deux heures
Mes talons claquent
J'ai peur
Ville presque vide
Presque
J'ai mal aux pieds
Clac clac clac
Foutus talons
Je suis fatiguée
Je rentre chez moi
Je les entends avant de les voir
Ils sont bruyants
Je les vois
Ils sont deux
Deux mecs
20 ans?
18 ans?
Moins?
Ca pue
Je sais que ça va mal se passer
Je prend mon temps
Je les laisse prendre de l'avance
Je ne veux pas qu'ils soient derrière moi
Je ne veux même pas qu'ils me voient
Clac clac clac
Maudits talons trop bruyants
"Hey la miss"
Ils m'ont vue
J'ignore
J'avance
"T'es bourrée?"
Je continue d'avancer
"Hey salope!"
Je change de route
Faire un détour
Je les entends encore
Je n'écoute pas
Nos routes se sont séparées
Je souffle un peu
Je vais pouvoir rentrer
Je pense être tranquille
Puis je les revois
Ils remontent cette ruelle sombre
Et moi je redescends cette même ruelle
Mes clés comme poing américain
J'ai l'impression de ne plus respirer
"T'es complètement défoncée?"
Je longe les murs
Silencieuse
Clac clac clac
Claquement de tallons
Battements de coeur
J'essaie d'être invisible
"T'es une pute?"
"Tu t'es bien fait tirée?"
Je continue d'avancer
Peur
Premier virage
Je presse un peu le pas
Je les entends encore
Ils sont tellement bruyants
Ils sont tellement présents
J'ai peur
Leur voix semblent trop proches
Comme s'ils étaient revenus sur leurs pas
Comme s'ils revenaient vers moi
Second virage
Je cours
PEUR
Hall de mon bloc
J'ouvre la porte
La referme direct
Je n'allume pas la lumière
Pas préssé
Claclaclac
J'entre dans l'ascenseur
Je pleure
Je tremble
L'ascenseur monte
Je rentre chez moi
Ferme la porte
Deux tours de verrou en haut
Deux tours de verrou en bas
Mon coeur bat trop fort
Bref je suis une meuf
On m'a volé la ville


Un long poème qui raconte ce que j'ai vécu hier soir.
Pourquoi en parler?
Car ce n'est pas si rare que ça. Quand on est meuf on risque ce genre de chose. Parfois moins violent, parfois plus, toujours éprouvant. Et ça n'arrive pas qu'en plein nuit (petit rappel).
Quand on est meuf tout est fait pour que nous ayons peur. Je fais un mètre quatre-vingt (quatre-vingt-cinq avec mes talons) et plus de quatre-vingt-dix kilos (mais plus de gras que de muscle), j'avais mes clés en poing américain improvisé, les deux mecs n'était pas bien grand ni bien gros, en cas de besoin j'aurais pu leur rentrer dans le tas mais j'étais bloquée par la peur. Même pour fuir la peur me bloquait, je n'ai pu accélérer et courir qu'une fois hors de leur vue, j'avais peur qu'en me voyant fuir ils aient l'idée de me rattraper. Certain-e-s vont dire que comme j'ai été élevée comme un mec j'ai "socialisé" en mec et qu'au final je ne suis "qu'un mec dopé aux hormones". Que je n'ai rien de féminin. Que je ne peux pas comprendre. A ces féministes transphobes qui pensent que le sexisme (ici le harcèlement de rue) ne concerne que les femmes à vagin je voudrais dire merde.
Je ne sais pas si j'ai été élevée en garçon, en tout cas on ne peut pas dire que j'ai "socialisé" en mec. La masculinité je n'y arrivais pas, je n'étais pas à ma place et pas seulement car trop efféminée  juste car ça n'était pas moi.
On m'a inculqué la peur avant même que je ne sorte du placard, être sur nos gardes (surtout la nuit), ne pas être seule, rester dans des lieux que l'ont connait...
Et papatriarcat c'est bien chargé de me remettre à ma place lorsque je ne respectais pas ses règles  je devais répondre à l'injonction (impossible) d'être la mère au risque d'être pointée du doigt comme putain.
Je n'essaie plus les maquillages sophistiqués, "ça fait pute".
Ma coiffure est tout sauf travaillée, une masse de cheveux séparés par une raie au milieu. Je n'essaie plus les coiffures sophistiquées, "ça fait pute".
Pareil pour les fringues, je fais attention, il y a des choses que j'évite car papatriarcat aura tôt fait de me rappeler que "ça fait pute".
Et je ne sors plus de chez moi si je n'ai rien à faire en extérieur. Etre meuf et se balader seule (en tout cas sans mecs) "ça fait pute". Surtout de nuit.
Vous voyez féministes transphobes, papatriarcat m'a bien appris les règles  il m'a rendu la vie aussi insupportable qu'à vous et contrairement à ce que vous semblez croire mon pénis n'est pas un avantage.

Il existe des guides d’autodéfense (ici ou , le second est d'abord destiné aux travailleuses du sexe mais au final peut servir à toute femme), dans certaines villes il y a aussi des cours d’autodéfense donnés aux femmes. Renseignez-vous car ça peut être utile. Il faut que nous luttions contre la peur et connaître des méthodes d’autodéfense peut être un bon outil pour lutter contre cette peur constante.

Koala @(>o<)@