Sous titre : Quand mes favs sont problématiques

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J'ai eu envie de relire ma bibliothèque manga.
J'ai relu les Full Metal Alchemist.
Puis je me suis dit "et si je relisais du Tôru Fujisawa?"
Tôru Fujisawa est l'auteur du manga Great Teacher Onizuka (entre autres). C'est un manga que j'aime bien, au point d'avoir acheté d'autres séries du même auteur.
Et du coup j'ai commencé à relire des mangas de Tôru Fujisawa en commençant par Shonan Junaï Gumi (Titre français : Young GTO).

Je l'ai déjà dit je suis plutôt bon public et je suis pas douée pour les critiques.
Mais en relisant les Shonan Junaï Gumi (que j'écrirais SJG pour plus de simplicité) je me suis rendue compte d'un truc : Mon fav' est problématique. Il y a de gros problèmes de sexisme, homophobie, lesbophobie et transphobie dans SJG.
En feuilletant rapidement les GTO et GTO : Shonan 14 Days j'ai eu l'impression que les problèmes d'homophobie et de transphobie étaient moins présents (une chose à vérifier) par contre j'ai retrouvé les mêmes problèmes de sexisme.

Alors je sais déjà que certain-e-s vont brandir le Sacro Saint Second Degré.
Mais cela ne tient pas vraiment.
Ca me fait mal de le reconnaître car j'aime ce que fait Tôru Fujisawa et plus particulièrement les séries tournant autour du personnage d'Eikichi Onizuka. Je suis fan et j'adorerais pouvoir balayer tout ça d'un revers de main, j'adorerais pouvoir mettre des œillères et ne pas voir ce qu'il y a de problématique mais ce serait malhonnête d'ignorer que mon fav' est problématique.

Mais d'abord expliquons pourquoi l'excuse de second degré ne tient pas vraiment.
SJG c'est l'histoire de deux lycéens "bosozoku" (membres d'un groupe de motards, plutôt bagarreurs, des "voyous" à la Danny Zuko), Eikichi Onizuka et Ryuji Damna qui aimeraient laisser la baston de côté et trouver l'amour. Damna semble d'avantage être la recherche d'une histoire romantique alors qu'Onizuka semble plus intéressé par une aventure sexuelle (et la perte de sa virginité).
Oui ces deux personnages ont un côté loosers (surtout Onizuka) mais ce n'est pas pour cela qu'on peut parler d'un second degré. Déjà pour être qualifié d'humour il faudrait que cela soit drôle et "j'vais la violer" ce n'est pas de l'humour, encore plus si le personnage est présenté comme un looser avec les filles. De même cela n'excuse pas les "blagues" homophobes et transphobes de ce manga. Non ce n'est pas du second degré, c'est un "humour" convenu, qui ne fait que perpétuer certains clichés et qu'il faut critiquer pour ce qu'il est.
Je trouve que ce manga se rattrape au niveau sexisme grâce à des personnages féminins plutôt forts et intéressant mais cela ne suffit pas pour ignorer tout ce qui craint.
Un petit spoil (tomes 28-29) qui raconte quelque chose de positif par rapport aux trans : dans ce manga il y a une très jolie histoire d'amour entre Onizuka et Misato Hazuki (une femme trans). C'est peut-être l'une des histoire les plus romantiques que vit Onizuka adolescent et je trouve que là Fujisawa assure. Bien sûr il y a des défauts mais j'ai vraiment aimé cette petite histoire. On a aussi, plus tôt dans le manga, le personnage de Kaoru, un travesti qui n'est pas trop mal traité je trouve. Mais malgré ce bon point trop souvent dans le manga on présente les meufs trans comme des monstruosités et franchement ça a été dur pour moi (peut-être un peu plus car ces temps ci je me sens moche et inutile).
Par rapport à l'homophobie et la lesbophobie par contre je ne me rappelle pas avoir vu quoi que ce soit pour rattraper un minimum ce qui craint.

Du coup que faire sachant que cette série de mangas et problématique?
Brûler mes mangas?
Les revendre?
Les donner?
Les mettre à la poubelle?
Je ne ferais rien de tout ça. Oui, mon fav' est problématique mais ces SJG (et GTO) ont aussi des côté positifs.

« J'ai l'impression que tout le monde avance et moi je fais du sur-place... J'ai pas de but moi, dans la vie! » Ryuji Danma

S'il y a une raison pour laquelle je vous conseille les séries autour du personnage d'Onizuka c'est par rapport à ces enfants blasé-e-s, qu'on insulte parfois de parasites, et qui doivent faire face à une société d'adultes qui ne les écoute pas.
Mon fav' est problématique mais il a aussi de bons côtés.
Il ne fait pas avoir honte d'aimer quelque chose de problématique mais il faut accepter de voir et reconnaître tout ce qui pue.
Bien sûr on peut décider que cela va trop loin et ne plus supporter certain-e-s œuvres ou personnes problématiques, je ne condamnerais jamais quelqu'un-e pour qui telle oeuvre ou tel artiste est insupportable.
Mais je pense que parfois on peut faire des concessions.
Sinon je devrais abandonner 99% de ma bibliothèque, y compris des ouvrages d'autrices féministes.
Sinon je devrais arrêter d'écouter 99% de ma discothèque.
Sinon je devrais arrêter de regarder les 3615 Usul ou les vidéos du Joueur du Grenier.
Sinon je devrais arrêter de parler à 99% de mes ami-e-s et membres de ma famille.
Sinon je devrais m'enfermer dans mon appart (c'est déjà presque le cas), coupée du monde (et donc du net, ça c'est loin d'être le cas).
Je préfère critiquer (même si mes critiques ne valent que 2€) ce que j'aime en espérant qu'un jour je me retrouve comme une conne devant un truc qui sera politiquement parfait.

 

Koala