Depuis quelques jours une responsable politique est harcelée médiatiquement, insultée, traitée comme une criminelle.
Le harcelmement des femmes racisées (et en particulier des femmes voilées) est devenu assez fréquent en France, justifié dans les médias et les responsables politiques, les personnes et organisations qui sont à l'origine de ces campagnes de harcelement ne sont pas inquiétées, le Printemps Républicain et ses dirigeant ont lancé de nombreuses campagne de harcélement, visant principalement des femmes racisées et il n'est pas question de sanctionner ce mouvement pour autant.
On remarque peu de soutien, pas plus chez celles et ceux qui se prétendent les porte-étandards de la liberté d'expression que dans les partis ou syndicats de gauche. Au contraire on voit d'avantage de gens justifier ce harcelement en lui inventant des positions homophobes ou anti-féministes et en lui demandant des comptes sur l'IVG ou le mariage pour tous.
Et j'avoue que je fulmine un peu quand je lis ça. Cette camarade n'a aucun compte à rendre sur ces points. Encore moins quand celles et ceux qui viennent lui demander des comptes n'ont habituellement pas la même exigeance et ça bien faire avec l'homophobie et l'anti-féminisme de leurs camarades. A croire qu'il y aurait une bonne et une mauvaise homophobie et ce sera le sujet de ce texte.
Je vais surtout parler chez les orgas de gauche qui devraient unanimement soutenir une syndicaliste qui est la cible d'une campagne de harcelement mais qui bottent en touche ou font semblant de ne rien voir.

Sur ce blog j'ai parlé des propos réactionnaires d'Alexis Escudero (en partie ici), un réactionnaire anarchiste, homophobe, misogyne et invité dans le Figaro ou sur France Inter sans que ses positions homophobes ou misogynes ne soient jugées comme innaceptables. Pire quand nous critiquons les positions réactionnaires d'Escudero et son lien avec les idées d'extrême-droite catholique les petits chefs de l'anarchie nous sortent une pétition stupide pour défendre leur liberté d'expression. Par contre on attend toujours leur pétition de soutien à une camarade syndicaliste victime de harcelement et dont la liberté d'expression est VRAIMENT menacée (contrairement à celle d'Escudero qui peut toujours parader dans les milieux anarchistes et dans les médias pour se faire le porte parole d'idées d'extrême-droite).

Mais il n'est pas seulement question d'Escudero, je vais vous parler d'homophobie et de misogynie en général et tiens, pourquoi pas de l'UNEF.
J'ai été membre de l'UNEF de 2005 à 2010 et j'y ai vu des exemples d'homophobie et de misogynie plutôt répendus et bien acceptés. Alors ça n'était pas forcement une opposition politique à l'IVG ou aux droits LGBT (encore que j'avais deux camarades catholiques opposées à l'IVG et ça ne les a pas empêcher d'être acceptées à l'UNEF et même d'avoir quelques responsabilités locales pour l'une d'elles) mais plutôt une homophobie et un sexisme ordinaire, banal.
Il y a peu les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc on révélé des affaires de viols, agressions sexuelles et harcelement au sein de l'UNEF, je n'ai pas été étonnée (du calme les droitards, on sait que ça n'est pas mieux dans vos écoles, corpos et faluches). C'était des choses que tout le monde savait mais dont personne ne parlait.
Les femmes étaient traitées comme des extensions de leur copain, être en couple avec le bon gars et aller dans son sens permettait d'être une bonne militante, vraiment interessante, intelligente, avec quelque chose à apporter. Quand il y avait rupture alors la situation changeait et la super camarade n'avait plus qu'à disparaître, sinon on la traitait comme moins importante que quand elle était en couple.
L'UNEF a des "valeurs" de gauche, elle est anti-racistes, alliée des luttes LGBT, féministe mais pour moi ces valeurs sont (ou en tout cas étaient, jusqu'en 2010) d'avantages des postures qu'un engagement politique. Aucune réelle formation sur l'homophobie, la transphobie, le sexisme ou le racisme, aucune lutte interne pour défendre ces prétendues valeurs et quand on se retrouvait confronté à de la misogynie ou de l'homophobie venant d'un responsable syndical on savait bien qu'il valait mieux la fermer et encaisser qu'essayer de soulever le problème.
Lors d'un collectif national j'ai été outée publiquement par un des responsable national de la TRS. On a un peu gueulé, il a présenté de fausses excuses mais très vite j'ai compris que c'était peine perdue. Il n'y aurait aucune sanction pour lui et, à part quelques personnes me connaissant, aucun soutien à attendre pour moi.

Et ça n'est pas valable que pour l'UNEF.
Je me souviens des "débats" sur le mariage pour tous, de toute la période 2011-2014 (et encore, ça continue aujourd'hui), des discours homophobes et sexistes de l'extrême-gauche à l'extrême-droite. 
Patrice Carvalho n'a pas été exclu du PCF quand il s'est opposé au mariage pour tous, peu de gens ont réclamé son éviction et il n'a pas été la cible de harcélement car ses idées étaient incompatible avec les valeurs de la gauche. Pas plus que Gérard Collomb n'a été exclu du PS quand il a annoncé qu'il ne marierait pas de couples homosexuels. Mélenchon peut faire la promotion d'un groupe de jeunes réctionnaires pratiquant fréquement le harcelement des minorités (féministes et LGBT compris) ou faire la promotion de Julian Assange, un masculiniste accusé de pédophilie, sans qu'on lui demande de compte et qu'on lui rappelle ces "valeurs" de la gauche.

On nous a expliqué que l'homophobie et la misogynie étaient acceptables et même bienvenues à gauche, dans nos formations politiques et syndicales on peut multiplier les exemples qui vont dans ce sens.
On nous explique que la gauche c'est avant tout la défence du prolétariat et que, vu que les prolos seraient tous homophobes et misogynes il faut éviter d'être progressistes (comment justifier son homophobie et son sexisme par le mepris de classe). On nous explique que les luttes LGBT et féministes sont opposées à la vraie lutte des classe, des freins, des diversions qu'il faudrait délaisser. 
Cette camarade de l'UNEF (que je ne nomme pas pour lui éviter du harcélement supplémentaire) est-elle opposée aux droits des femmes et aux droits LGBT ?
Je ne sais pas et je m'en fiche. A ma connaissance elle ne porte pas ces idées politiquement, elle défend les étudiant-e-s et c'est tout ce qu'on devrait lui demander. Vous ne pouvez lui demander des comptes sur ces sujets quand dans le même temps vous laissez des camarades diffuser des idées homophobes et misogynes au sein des orgas de gauche, pire quand vous défendez cette homophobie ou cette misogynie.
On voit bien qu'ici c'est le voile qui pose problème bien plus qu'une homophobie ou une misogynie supposées.
Il y a le bon homophobe, le bon misogyne, c'est ce camarade blanc, de culture catholique, hétéro et cis, qui va diffuser des idées réactionnaires sans que cela pose le moindre problème et qu'on aura bien du mal à virer de nos milieux.
Et il y a une femme qui porte le voile, qui est responsable politique, qui s'est exprimée publiquement pour parler de son opposition à la loi ORE et à Parcoursup. Elle n'a rien dit sur les droits des femmes et des LGBT mais on en fait la mauvaise homophobe, la mauvaise misogyne, celle qui ne devrait pas avoir le droit de faire de la politique.

"Le fascisme de demain se combat aujourd'hui" William Shakespear (moi aussi j'ai le droit d'inventer des citations).
Quand je vois comment les choses évoluent je suis assez inquiète.
Surveillance généralisée, enfermements arbitraires après des procès absurdes, violences étatique pour détruire toute contestation, loi fake news pour faire taire (voire enfermer) celles et ceux qui s'opposent au gouvernement, position monarchiques, appel à ce que l'Eglise s'engage d'avantage en politique et ressère ses liens avec l'Etat (la laïcité c'est pas pour les cathos), diffusion et adhésion de plus en plus grande aux idées d'extrême-droite (y compris chez des gens "de gauche").
Il est important de réagir à cette société qui va vers un totalitarisme libéral la bouche en coeur. Un des moyens c'est de soutenir cette camarade syndicaliste et toutes les autres qui sont la cible fréquentes d'attaques racistes et misogynes.