D'abord qu'est-ce qu'une identité politique?
Voilà une question difficile. Pour le texte à venir je vais parler d'une identité politique fictive : L'Autre.

Je dirais qu'un des points de départ pour construire une identité politique c'est quand L'Autre est nommé-e soit en position d'infériorité par rapport à une classe dominante soit en opposition à une présupposée normalité.
Une fois L'Autre nommé-e la société va mettre en place des structures pour réduire sont agentivité (agency en anglais), c'est l'oppression systémique.
L'Autre se retrouve bien emmerdé-e quand tel-le Annie Cordy iel voudrait bien (ien ien ien) mais ne peut point (oin oin oin) vivre égal-e aux autres citoyens (yen yen - ah non merde ça c'est Les Romanesques). Du coup L'Autre se retrouve un peu bloqué-e.
Iel peut toujours afficher être Autre (entraînant une mise en danger - parfois iel n'a pas le choix de s'afficher ou non comme Autre).
Iel peut se rendre compte qu'être Autre à des conséquences sur sa vie, sur son accès aux soins, à la scolarité, au logement, à l'emploi, à l'espace public (etc) et se dire qu'iels aimerait bien que cela change mais comment faire ?
Individuellement pas grand chose.
Iel peut toujours porter une étiquette "Autre politique", mettre qu'iel est Autre sur sa bio twitter ou écrire un blog en tant qu'Autre cela ne changera en rien les vies des Autres en général. Ce qui sera dit sur un blog, sur twitter ou ailleurs pourra être pertinant ou non cela n'apportera pas grand chose (et heureusement n'enlevera pas grand chose) aux vies des Autres et cela ne fera pas vraiment changer la société.
Même si ça touche quelques personnes, qui vont s'y retrouver, partager ses textes et y répondre on voit que ça bouscule pas grand chose. N'en déplaise à nos égos, individuelement, quand on est Autre, nous n'avons aucun pouvoir politique.

Du coup s'iel veut changer les choses notre Autre se retrouve avec peu de possibilités. L'une d'elle consiste à se regrouper avec d'autres Autres, mettre en commun leurs vécus, mettre en lumière les structures d'oppressions, réflechir aux possibilités d'actions. C'est alors là, selon moi, qu'on obtient une identité politique (ou politisée).

Hors aujourd'hui j'ai l'impression qu'on est à un point de bascule entre un militantisme d'identités politiques à un militantisme de politiques identitaires.
Je me sens dépassée par la myriade d'identités et de nouveaux accronymes brandis, j'ai l'impression qu'il apparaît une nouvelle identité par jour et qu'on ne doit ni questionner la pertinence des ces nouvelles identités ni questionner ce phénomène.
Perso ça m'embête car comme d'autres je ne peux m'empêcher d'y voir là un discours libéral, l'individu au centre du discours politique au dépend du collectif. Et les réactions que je vois sur twitter dès lors que l'on questionne la pertinence de certaines de ces identités ou le flou de certanies définitions me conforte dans cette idée.Vous allez me dire que c'est une réponse à la violence des critiques que l'on adresse. Cependant quand j'avais essayé d'expliquer calmement pourquoi les flous de définitions sur la non-binarité et sur transgenre/transsexuel-le posaient problème au sein de la communauté trans j'avais eu les mêmes réactions. Et je pense vraiment qu'il y a là un problème dans nos pratiques militantes en ligne non sans lien avec le fait d'être d'avantage dans une démarche de politique identitaire que dans la tentative de construction d'une identité politique.

Il est important, pour la construction d'une identité politique d'avoir des définitions claires et simples de ce que nous mettons derrière L'Autre, y compris pour nous même.
Ca ne veut pas dire qu'il faut pour autant reprendre la définition que la société a accolé à L'Autre mais qu'on peut derrière les mêmes mots mettre nos propres définitions.
Dans le cas des non-binaires aujourd'hui nous avons des gens qui expliquent être des hommes non-binaires ou des femmes non-binaires. Je veux bien mais du coup il faut que l'on m'explique la non-binarité car ça échappe à la définition qu'on m'en avait donné comme n'entrant pas dans la binarité homme-femme.
On a aussi des discours qui expliquent la non-binarité en fonction de l'expression de genre féminine/masculine (voire du passing, cf les queers qui se demandent comment me genrer en fonction de mon passing alors que je me présente comme une femme).
Et ce soir j'ai pu voir un mec expliquer à une femme cis qu'elle pouvait réfléchir car elle était peut-être non-binaire alors qu'elle se définissait clairement comme une femme cis.
On pourrait dire que cela ne me concerne pas mais de fait les luttes non-binaires sont liées aux luttes trans. Enfin ça dépend car selon les définitions que j'ai pu voir on peut être non-binaire sans être trans ou encore j'ai pu lire qu'être trans impliquait forcement d'être binaire.
Ce qui pose le second problème : l'absence de définition claire de ce qu'est être trans.
Et ce n'est pas un problème anodin. On est plutôt d'accord que dire qu'on est tou-te-s un peu trans est craignos et je pense que bon nombre de non-binaires seront d'accord pour dire que c'est tout aussi craignos de venir dire qu'on est tou-te-s un peu non-binaire.
Je pense vraiment que pour empêcher ça ce n'est pas les politiques identitaires queers ou Mogai apportant une multiplication d'identités rendant les définitions de plus en plus floues qu'il nous faut mais bien une approche matérialiste et la construction d'identités politiques clairement définies.
Ca peut sembler dur, violent, excluant et tout ce qu'on veut mais c'est impératif. C'est impératif et c'est selon moi le seul moyen pour lutter contre les TERFs (et je parle là de féministes transphobes francophones prêtes à s'inscrire dans la même mouvance que leurs collègues américaines Brennan ou Jeffreys) et à nous traiter comme une menace lavende à éradiquer politiquement voire physiquement. C'est avec une définition claire de trans (et donc de cis) que l'on pourra répondre quand elles écrivent qu'elles refusent d'être appellées cis sous pretexte qu'elles n'entrent pas dans les normes de genre. Ce n'est qu'avec une approche matérialiste et des définitions claires qu'on pourra répondre à Delphy quand elle explique qu'être trans c'est croire que si un jour elle se nomme homme alors elle aura accès aux privilèges masculins.

Enfin au sujet de regrouper toutes les identités et orientations sexuelles sous une même banière j'ai vraiment du mal. Est-ce qu'on a pas assez de critiques de l'imposture LGBT qui se retrouve être avant défendre les intérêts des gays et n'avoir que peu d'intérêt pour les droits des femmes non-hétéros (PMA pour tou-te-s) et des trans?
Il me semble qu'assez récemment encore on a vu les assos LGBT les plus influentes applaudir un amendement sur le changement d'état civil qui ne peut que déterirorer les vies des trans et même après nos nombreuses critiques on voit des LGB cis nous dire qu'on devrait s'en satisfaire.
On est quand même un certain nombre de trans (même des avec qui je suis parfois en désaccord) à considérer qu'il faudrait peut-être s'exclure des assos et orgas LGBT et commencer à travailler, militer et penser en non-mixité.
Du coup je ne comprends pas pourquoi malgré ces preuves d'un échec de l'union LGBT on cherche encore à la reproduire sous une autre forme. Surtout qu'on a déjà pu constater que les dites alternatives TPG ou Queers n'apportaient au final rien de plus.

Voilà le texte risque d'être super brouillon est incomplet mais depuis le temps que je bosse dessus j'ai peur de ne pas réussir à l'envoyer (ou le finir) si je ne fais pas cela maintenant.
Je serais disponible sur Twitter et sur la page du blog demain (le 30 juin) pour en discuter / apporter des précisions si vous voulez.
Après je pense prendre mes distances avec le militantisme trans car je finis par en être dégoûtée. Je ne garantis pas que ce soit définitif (rebouchez le champagne) mais il va me falloir un bon temps de repos loin de tout ça.

Cassandra toujours autant Koala.