A lire en préambule :
Tu sais, bébé, mon coeur n'est pas sur liste d'attente sur le blog Un bruit de grelots
J'emmerde votre liberté 1, 2 et 2 bis sur le blog Chronik de nègre(s) inverti(s)

Ca fait quelques temps déjà que je pense à écrire ce texte. En fait chaque fois que je parle du sentiment d'isolement social que l'on peut vivre en tant que trans et des comportements à risque que cela entraîne il y a des trans pour me dire qu'ielles ressentent la même chose voire que je devrais écrire un texte sur ce sujet.
Les textes cités en préambules abordent déjà un peu la question, il y en a sûrement d'autres en français (et encore plus en anglais) mais une redite ne me semble pas totalement inutile.
Sur twitter j'avais demandé combien de trans se sentaient isolé-e-s ou pas à leur place en société et à quelle fréquence. La majorité (pour ne pas dire la quasi totalité) des réponses allaient dans le même sens, les trans se sentent rarement à leur place, assez souvent isolé-e-s. Il y avait un facteur passing et d'entourage choisi qui faisait que certain-e-s avait des espaces et temps où iels se sentaient mieux, un peu plus à leur place, mais globalement on en revenait à la solitude.
J'avais commencé un texte sur la base de ces réponses. Le problème c'est que j'ai perdu les notes que j'avais prises sur les réponses à ma question ainsi que l'ébauche de texte.
Je vais donc reprendre de zéro, en m'appuyant sur mon vécu, ce que j'entends et ce que j'ai lu d'autres trans. On pourra facilement réduire la dimension politique de ce texte en disant que ce n'est que du vécu, que je suis trop subjective mais de toute façon les mêmes auraient pu dire que l'échantillon qui m'avait répondu sur Twitter était trop petit et n'avait rien de représentatif.
En fait même si j'avais eu des témoignages de trans je pense qu'il y aurait eu des gens (y compris des militant-e-s allié-e-s) avec les meilleures excuses du monde pour remettre en question les constats que j'en fais.
Il y a bien un rapport sur la transphobie sur lequel je pourrais m'appuyer mais je le trouve peu lisible et critiquable.

Premier constat : les trans sont écarté-e-s de la société.
C'est un fait social, être trans c'est être mis-e à l'écart de la société.
Une mise à l'écart qui se fait via les insultes, les violences physique, le mépris, les moqueries... Les trans ont plus de difficultés à trouver et garder un emploi en étant out (donc à avoir du lien social avec des collègues de travail), on peut se retrouver à perdre contact avec ses ami-e-s, avec sa famille proche. (page 54 du rapport sur la transphobie)

Second constat : la transphobie ne connait pas de frontières.
(page 52 du rapport sur la transphobie) Je l'ai trouvée en pleine rue, dans les administrations, en famille, avec mes ami-e-s, pendant mes loisirs, chez les médecins, dans le milieu LGBT mainstream, chez les plus déconstruit-e-s des queers/TPG... et d'après les tweets d'autres trans je crois que je ne suis pas la seule à avoir dû affronter des comportements et discours transphobes un peu partout.
Ce sont des actes et des propos quasi quotidiens qui grignottent notre estime personnelle, à force on fini par se sentir moins que rien. Comme il n'y a pas vraiment de safe place, on peut avoir tendance à être sur la défensive et à s'isoler. Bien sûr il y aura des petites différences en fonction du milieu fréquenté, qu'on y soit out ou non et du passing mais de manière générale c'est l'isolement qui semble l'emporter.
Personnelement même quand ça se passe bien dans un certain cadre je reste sur la défensive sachant que ça peut tomber quand je m'y attends le moins.

On va donc avoir un double isolement. Le premier est indépendant de nous, le second est plus volontaire. C'est un moyen de défence, pour éviter d'être violement écarté-e-s on se met de nous même à l'écart (c'est un truc qui me bloque dans mes loisirs et goûts).

Troisième constat : on a besoin de contacts sociaux.
Ce n'est pas valable que pour les trans. Je pense que peu peuvent rester à l'écart des autres de longues périodes sans finir par se morfondre.
On est éduqué pour s'intégrer en société, c'est le principe même de la socialisation. Certain-e-s arrivent peut-être à y echapper et partent vivre à poil au fond d'une grotte mais c'est plutôt rare. En général on reste près d'autres humain-e-s, on essaye d'établir des contacts avec certain-e-s et quand on y arrive pas on peut sombrer dans la mélancolie.

Si on accepte ces trois constats on peut comprendre que tiraillé-e-s entre l'isolement et le besoin d'avoir des contacts sociaux les trans pourront finir par accepter des relations nocives.
Je me souviens par exemple des trans dire que quand même il fallait arrêter d'être hostiles envers les translovers car au moins ils sont là. En gros il fallait accepter de vendre nos cul gratos à des fétichistes car sinon on aurait personne.
Des trans vont accepter de se faire insulter pour être acceptées dans les milieux radicules sans questionner qui se réapproprie quoi.
On va faire des efforts pour qu'un couple tienne et parfois on sera seul-e à faire ces efforts.
On va fermer les yeux, laisser passer des violences physiques, des insultes, des propos qu'on ne supporte pas et tout ça pour ne plus se sentir si seul-e.
On va accepter de rire avec celleux qui nous insultent, de défendre les cis qui parlent à notre place pour dire de la merde.
On va parfois prendre la défense de cis transphobes contre d'autres trans. Je l'ai vu quand Mr Poulpe me harcelait et m'envoyait son public de fascos sur Twitter pour avoir osé dénoncer sa transphobie (j'étais pas la seule) et qu'une trans l'a défendu au nom de l'humour et on a sûrement eu le même genre de chose avec Pouhiou, Florent Peyre, Regis Mayot... et je ne doute pas qu'on l'aura encore.

Je pourrais trouver d'autres exemples de la façon dont on (trans) peut accepter certaines choses pour ne plus se sentir isolé-e-s mais on va éviter de faire un catalogue qui de toute façon ne sera pas exhaustif

Et pour conclure?
Je sais pas trop.
Ah si j'ai trouvé!
Ma conclusion s'adresse surtout aux cis qui se disent nos allié-e-s.
Essayer de garder à l'esprit notre isollement. Les trans auront plus à perdre en l'ouvrant pour vous critiquer que vous en disant de la merde sur les trans. Des trans vont peut-être se mettre de votre côté (ou ne rien dire mais rester vos potes) afin de se sentir un peu moins seul-e-s - et ce sera peut-être inconscient. Que souvent les seul-e-s à qui on demandera des efforts sont les trans. Qu'on a pas vraiment de communauté dans laquelle on peut soufler. Bref que vous êtes dans une position dominante dans vos interractions sociales avec d'autres trans et que ce serait peut-être à vous de faire un minimum d'effort (ne serait-ce qu'entendre ce que nous disons).

Koala