Camarades je pense qu'il est important de parler d'un sujet important : l'interdiction de l'humoriste.

Je vous vois déjà venir me demander ce que j'ai contre l'humour.
Rien. J'ai beau chercher je n'ai aucun grief contre l'humour. En fait j'aime bien l'humour, je l'aime bien qu'il soit humour peau d'banane, morbide, calembour ou contrepet.

Et a proprement parler je ne suis pas anti-humoriste, c'est plutôt l'humoriste qui est anti-moi (là je paraphrase Une journée particulière juste pour faire genre j'ai de la culture t'as vu).
En effet en tant que meuf trans je suis une punchline de choix pour l'humoriste.
L'humoriste qui est tellement original qu'on pourrait presque créer un générateur automatique de sketch sur les trans.
Je n'exagère pas, tout sketch sur les trans contient au moins l'un des quatre éléments suivants : "pute", "bois de Boulogne" (ou endroit local équivalent), "Brésil" - pour un petit combo raciste et "en fait c'est un mec / un trav / une bite". Même pas de quoi trouver neuf cases pour faire un bingo tellement l'humoriste manque d'originalité.
Et ce manque d'originalité ne concerne pas que les trans.

Alors admettons qu'à une époque ces blagues aient été drôles, j'en doute mais bon on va faire comme si.
A force de nous ressortir en boucle des variations de gags déjà vus, reposant sur des stéréotypes éculés.
L'humoriste me fait presque penser à un-e gamin-e qui viendrait me raconter l'histoire de monsieur et madame Bombers qui ont un fils qui s'appelle Jean en pensant avoir inventé l'eau chaude. Quand ça vient d'un-e enfant je trouve ça un peu attendrissant, presque drôle, puis bon les histoires de monsieur-madame sont souvent plutôt anodines, gentillettes.
L'humoriste, qui est un-e adulte, va tenir des propos racistes, sexistes, homophobes (...) "pour de rigoler" et va demander qu'on l'applaudisse (et qu'on le paie) pour cet humour. Là je trouve ça juste pitoyable.
A bien y réfléchir qu'est-ce qui permet de distinguer l'humoriste de l'enfant ?
L'enfant est généralement moins poilu-e et un peu plus drôle que l'humoriste mais à part ça ?
Quand on le contrarie l'humoriste va avoir les mêmes réactions qu'un-e enfant, bouder, faire un scandale en constatant que tout le monde n'est pas en admiration devant son caca puis en appeler à ses potes, aux grand-e-s (ici les grand-e-s seront d'autres humoristes célèbres - parfois mort-e-s, comme par exemple Desproges qui n'a jamais eu autant d'ami-e-s depuis qu'il est mort), voire à des divinités (Sainte Liberté D'Expression, sa soeur Sainte Humour Second Degré) les invoquant par réflexe, comme un "c'est c'ui qui dit qui y est" de cour de récrée.
Comme l'enfant en bas âge l'humoriste est incapable de se remettre en question car il est incapable de concevoir de l'empathie. Si ça le fait rire alors c'est drôle. Si ça le vexe alors c'est méchant donc pas drôle.
L'humoriste est incapable de voir que son discours d'humour ne vient pas de nulle part, qu'il s'inscrit dans une société de races, de sexes et de classes et bien souvent ne fait qu'entretenir des stéréotypes racistes, sexistes et capitalistes.

Je propose donc l'interdiction de l'humoriste.
Et pour que l'humoriste ne se retrouve pas sans rien à faire je propose que l'on créé des fermes communautaires (autogérées cela va de soit) pour y envoyer l'humoriste et lui donner enfin une utilité sociale.
Je suis même prête à inaugurer ces kolkhozes s'il le faut.
Après tout j'aime faire parfois des traits d'humour et ils n'ont pas toujours été très fins.

 

Koala