Je sais, le titre peut paraître bizarre et il serait simple de me répondre que si on parle de "femmes trans" c'est bien parce qu'il s'agit de femmes.
Mais cette question je me la pose car si je prends en compte la façon dont je suis traitée la réponse qui me vient à immédiatement c'est "Non, je ne suis pas vraiment une femme". Où en tout cas on ne me traite pas comme telle.
Aux yeux de la plupart des cis (même des "gentil-le-s pas transphobes") je ne serais jamais une femme, je serais toujours une/la trans, une/la transgenre, une/la transsexuelle, que sais-je encore (et ça c'est pour les "gentil-le-s pas transphobes", pour les autres je serais une bite, un pénis, un bitard, un "Masculiniste en drag"...).
Chose qui est aussi valable chez les trans, que ce soit à cause de mon passing, de mon pénis ou de quelque autre raison certain-e-s me feront comprendre que je ne suis pas une femme. Et même pour les trans qui sont sympas je serais toujours autant trans que femme.
Ce que je veux dire c'est que même pour celleux qui ne nient pas explicitement le fait que je soit femme il y a toujours en sous-entendu le fait que je suis femme mais trans (donc pas une vraie femme).

« Femme n.f. (lat. femina) . Etre humain de sexe féminin. || Épouse. || Celle qui est ou a été mariée. » Dictionnaire des noms communs Larousse.
Je pense que si on prend n'importe quel autre dictionnaire on y retrouvera cette définition cis (et hétéro) de la femme, une créature de "sexe féminin" faite pour porter et élever les rejetons d'un "mâle".
Dans tous les cas je suis baisée.
Déjà car mon sexe n'entre pas dans les normes de ce qu'est un sexe féminin. Ensuite car je ne suis pas hétéra. Enfin car j'ai pas vraiment envie de me marier et car je ne veux (et de toute façon ne peux) pas porter l'enfant d'un mec.
Je ne suis pas une femme car je suis une de ces déviantes des normes de sexe féminin et même la meilleure vaginoplastie du monde ne changera rien à cela. Mon état civil me trahira et même s'il est modifié il y aura toujours des gens pour rappeler que je suis née avec un pénis.
Quand on est déviant-e des normes sexuelles on le reste ad vitam (et même après la mort on continue à humilier les trans pour rappeler leur déviance).

Je pense qu'il est important pour nous autres femmes trans d'affirmer fièrement que nous ne sommes pas des femmes. Que notre transitude (j'invente des mots si je veux) est pour partie prenante dans notre statut de femmes. Que nous sommes des femmes déviantes des normes de sexe et pas - comme le prétendent les militant-e-s transphobes - des hommes déviants des normes de genre.
Je sais que ça fait revenir sur le débat "Transgenre vs Transsexuel-le" mais je crois qu'il est important pour les trans en général (et les meufs trans en particulier) de prendre conscience que chercher à se fondre dans cis-land est mortel (et pas dans le sens trop cool, plutôt dans le sens mort de décès).
Il y a quelques mois de cela un militant transphobe pro-féministe avait relayé un texte sur "les [meufs] trans qui regrettaient leur transition". Comme on peut s'en douter il n'y avait aucune réflexion critique de sa part, ce texte lui servait juste à justifier son opposition aux opérations génitales des trans (et accessoirement son opposition aux traitement hormonaux [et aussi son opposition au fait de genrer convenablement les trans]) mais sans transphobie cela va de soi.
Ce que moi je retiens de ce texte c'est d'abord que la vaginoplastie ne concerne pas tou-te-s les trans, cela ne concerne même pas toutes les femmes trans. Qu'il était estimé que moins de 20% des meufs trans ayant fait une vaginoplastie la regrettait (je crois même que c'était moins de 10% mais n'ayant pas retrouvé le texte en question je ne peux pas me permettre de l'affirmer). Que les psychiatres cis qui ont tout pouvoir sur nos corps sont des pourris avec des stéréotypes sexistes (et homophobes). Que dans au moins 2 témoignages (sur 6) on comprenait qu'il y avait eu des pressions sociales pour pousser les meufs trans à "détransitionner", l'une d'entre elles ayant même fini par regretter sa "détransition" et décidé de recommencer à vivre en tant que femme. Enfin et surtout qu'il y avait un témoignage de trans ne regrettant pas sa vagino et qui expliquait que si elle n'avait eu aucun regret c'était parce qu'elle ne considérait pas que l’opération ferait d'elle une meuf cis, parce qu'elle n'avait pas coupé les ponts avec ses potes trans après l'opération, qu'elle n'avait pas tiré un trait sur son passé et son vécu, qu'elle n'avait pas cherché à devenir encore plus bio que la plus cis de toutes les bios.
Et c'est cela qui me fait dire qu'il est important pour les meufs trans de refuser les discours qui pourraient amener à l'idée "les femmes trans sont des femmes comme les autres". Non nous ne sommes et ne seront jamais des femmes. Nous ne seront jamais comme les autres.
Nous serons toujours des femmes-trans avec nos propres vécus de la violence patriarcale.

Les trans en général (et les meufs trans en particulier) sont en première ligne des attaques patriarcales.
Forte prévalence au Sida des trans, taux de suicide élevé, grande précarité financière, meurtres, viols, agressions physiques impunies...
Si les trans peuvent être ainsi attaqué-e-s et lentement mais sûrement éradiqué-e-s c'est parce que tout le monde s'en fout des trans. C'est parce que tout le monde sait qu'on peut s'attaquer aux trans sans risque.
Il est urgent qu’émerge un discours transféministe - encore plus quand, pour certaines féministes cis, les trans sont la nouvelle menace lavande - et selon moi la base pour cela est de nous affirmer en tant que non-femmes, en tant que femmes-trans pour mieux critiquer la définition cishétéra de ce qu'est une femme.

Koala