Depuis plusieurs mois je travail un texte-réflexion sur la dépolitisation de nos luttes mais j'ai rencontré deux problèmes :

  • Il y a beaucoup de choses à dire, j'ai l'impression que chaque bout de réflexion soulève une nouvelle interrogation, qui soulève une nouvelle interrogation, qui soulève une nouvelle interrogation ...
  • Souvent il y a des idées pour lesquelles je n'arrive pas à trouver les mots, pas les bonnes formules

Donc j'ai décidé de publier cette réflexion partie par partie (pour le rythme on vera) et de discuter autour.
Attention je parle de discussion pas de débat. L'un des critère nécessaire (mais non suffisant) pour que cette discussion ait lieu c'est faire preuve d'humilité, avoir une véritable écoute entre les participant-e-s et garder à l'esprit que nous ne sommes pas tou-te-s égaux (certain-e-s ayant des vécus qui nous seront toujours étrangers). Pour cette discussion il y aura une règle : mon blog = ma loi et tout commentaire méprisant, insultant, inutile, ira directement à la poubelle.

 


Quand on écoute certain-e-s militant-e-s de gauche on apprend qu'il y aurait d'un côté la vraie lutte, la lutte des classes, celle qui est politique, sociale, et d'un autre côté des luttes d'arrière-garde. Les luttes contre le racisme, le sexisme (...) sont présentées comme moins importantes, comme des luttes pour s'occuper entre deux manifs du premier mai, des luttes sociétales, on soutient mais c'est surtout pour la photo.
Un discours qui résonne avec celui de militant-e-s de droite qui nous expliquent qu'il y a plus important que les luttes pour les droits des minorités et qu'on devrait ce concentrer sur les problèmes socio-économiques, sur le boulot (même si pour eux cela se résume à aider les bourgeois-es à avoir une main-d'oeuvre plus malléable).
Dans les deux cas les luttes pour les droits des minorités, les luttes contre le racisme, le sexisme (...) passent à la trappe.

 

I - Le "système", un truc qui n'existe pas vraiment.

Discussion sur "Le système" et "les systèmes d'oppressions".  

 

II - A qui profite le crime ?

Discussion sur les bénéficiaires des différentes oppressions.

 

III - Marx, Engels et le Lumpenproletariat (sous-prolétariat), une prophétie auto-réalisatrice.

Discussion sur l'abandon de certain-e-s opprimé-e-s et la création d'une élite militante.

 

IV - Les Militantismes ™, dépolitisations et assimilationisme.

Il y a effectivement des militantismes bourgeois et si ce sont les militantismes que l'on voit/entend le plus, si les militant-e-s qui ont le plus souvent accès à la parole sont bourgeois-es c'est parce que nous sommes dans une société capitaliste et que dans une société capitaliste la parole est monopolisée par les bourgeois-es.

Nous sommes aussi dans une société sexiste/raciste/homophobe... où la parole est monopolisée par les hommes/blancs/hétéros... 
Ce monopole de la parole est tel qu'on va voir des mecs, blancs, hétéros, cis, bourgeois défendre les politiques anti-racistes, anti-capitalistes, anti-sexistes... et dire quel agenda suivre.
Je pense qu'il y a un lien entre le monopole masculin-bourgeois-blanc(...) de la parole et le fait que les militantismes qui sont le plus entendus (militantismes TM ou mainstream) sont des militantismes acceptables pour les mecs bourgeois blancs (...). Les discours des minorités opprimées sont toujours présentés comme trop agressifs à l'encontre des dominant-e-s (accusation de "racisme anti-blanc", "racisme anti-riches", "hétérophobie", "misandrie"...), on va demander aux militant-e-s féministes/anti-sexistes/anti-capitalistes... de policer leurs discours, de caresser les oppresseurs dans le sens du poil, leur discours ne doit surtout pas être "trop radical".
A ce petit jeu celleux qui ont le plus à gagner sont les plus privilégié-e-s parmi les opprimé-e-s. En acceptant de porter un discours policé non seulement iels garantissent leurs quelques privilèges mais iels peuvent espérer en gagner d'avantage, l'argument avancé sera que celleux qui vivent d'autres oppressions y gagneront aussi. Ce qui n'est pas tout a fait vrai.

Prenons l'exemple de la loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples "de même sexe".
Toute la "communauté GLBT" a été mobilisée pour défendre cette loi, censée profiter à tou-te-s. Les membres de la "communauté" qui ont été invité à prendre la parole étaient surtout des mecs, cis, blancs, plutôt aisés. Les critiques de l'homophobie étaient policées, l'hétérosexisme était à peine abordé, la plupart des discours évitaient de parler de l'homophobie comme d'une oppression systémique, laissant croire que cela ne venait que de quelques individus (et rien sur les spécificités de la lesbophobie ou de la biphobie et pour les trans quasiment aucun discours les mentionnant).
Ce discours policé, qui évitait de mentionner la domination (cis)hétérosexuelle, a donné la possibilité aux homophobes de la manif pour tous de présenter "Le Système" comme "pro-GLBT". Leur raisonnement était simple : les militant-e-s GLBT réclament l'égalité, le gouvernement dit aller dans leur sens, donc "Le Système" est pro-GLBTdonc combattre les militant-e-s GLBT c'est être contre "Le Système". Et on oublie que si les militant-e-s GLBT réclament l'égalité c'est que "Le Système" (qui n'existe pas vraiment) n'est pas pro-GLBT. Tellement simpliste qu'on peut retrouver le même type d'argument, dénué de toute réflexion politique, quand il s'agit de s'opposer aux droits d'autres minorités opprimées.
Politiser les débats sur l'ouverture du mariage et de l'adoption c'était dire qu'il y a un système d'oppression homophobe, "Le Système" n'est pas pro-GLBT. C'était dire qu'il y a un systeme d'oppression qui privilégie les hétéros et que les opposant-e-s aux droits GLBT militent pour défendre ce système d'oppression (ce qu'iels appellent "Le Système"). Enfin c'était dire que les droits accordés aux militant-e-s GLBT par le gouvernement ne sont que des os à ronger jetés pour éviter que l'on remette trop en cause la domination hétéro. On retrouve d'ailleurs cette idée quand Roselyne Bachelot défend le "mariage pour tous", elle a compris qu'accorder ces miettes aux homos permettait de renforcer des institutions hétéros (mariage, adoption, parentalité...).
Ca peut vous sembler paradoxal mais on a deux politiques de défense d'un même système d'oppression face à face. D'un côté celleux qui défendent ce système en rejetant les gays, lesbiennes, bi-e-s (et trans), en voulant les maintenir dans un statut de sous-citoyen-ne-s et de l'autre celleux qui sont prêt-e-s à négocier, à integrer les GLB(T) à condition qu'iels ne remettent pas trop en cause la domination (cis)hétérosexuelle. Les seconds suivent une politique d'assimilation, les bon-ne-s homos seront celleux qui sont "bien intégré-e-s", "aussi normaux que les hétéros" et les autres (butchs, folles, travs, bears...) seront les "mauvais-es homos", des stéréotypes à faire disparaître.

Ces militantismes que l'on entend le plus sont en partie responsables des dépolitisations de nos luttes, iels déclarent qu'il ne faut pas trop en demander, qu'il faut rester réalistes, iels étouffent les discours radicaux (expliquant que ce sont des discours "trop violents"), se contentent d'un militantisme d'accompagnement et surtout expliquent qu'il faut être gentil-le-s avec les dominant-e-s car "on a besoin d'elleux" (il y a même eu une trans pour dire qu'il était transphobe de parler des cis @(-o-)@ ).
Mais il y a d'autres discours militants, moins audibles, moins visibles, plus politisés qu'il ne faut pas oublier.

Koala


Prochain texte (et dernier?) sur l'apolitisme.