C'est l'argument qu'on entend en boucle quand il s'agit de s'opposer aux mouvements de lutte contre les différentes formes d’oppression.
La lutte contre le racisme et l'islamophobie ?
Mais non, il faut d'abord leur apprendre à lire, écrire, compter.
La lutte contre le sexisme ?
Mais non, il faut d'abord leur apprendre à lire, écrire, compter.
La lutte contre l'homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie?
Mais non, il faut d'abord leur apprendre à lire, écrire, compter.
La lutte contre le mépris de classe?
Mais non, il faut d'abord leur apprendre à lire, écrire, compter.
Apprendre entrepreneuriat dès la maternelle?
Mais non... ah bah si en fait. Ca c'est cool. D'ailleurs les journaux et les militant-e-s politiques qui depuis bientôt 3 ans nous font chier avec leurs fantasmes sur "Le Gender" n'en ont pas parlé. Personne pour dire que quand même le plus important c'est d'apprendre à lire, écrire, compter.

L'enfant n'est pas perçu-e comme égal-e de l'adulte, iel est perçu-e comme un sous-être propriété des parents.
Quand Laurence Rossignol dit que les enfants n'appartiennent pas à leurs parents les cathos intégristes de la manip pour tous et leurs allié-e-s s'insurgent et il lui font dire ce qu'elle n'a jamais dit : les enfants seraient donc la propriété de l'état. Cette réaction montre que pour elleux les enfants ne sont pas des êtres libres, iels sont forcement la propriété de leurs parents.
Un-e enfant n'est la propriété de personne, ni de ses parents, ni de l'Etat. Iel n'appartient qu'à ellui même.
D'ailleurs il y a une chose "amusante" par rapport à cela.
Parmi les défenseurs et défenderesse de ce non-argument on trouve un bon nombre de patriotes, prêt-e-s à partir en guerre contre ces étranger-e-s tou-te-s plus ou moins barbares. Vous croyez que pour ces gens les enfants n'appartiennent pas à l'Etat, à la Patrie ?
Quand il s'agit d'envoyer des enfants mourir pour l'Amour de la Patrie croyez-vous vraiment que l'Etat n'agit pas en propriétaire qui envoie ses enfants-soldats défendre son capital (mettre en danger une part de sa propriété pour en défendre une autre part) ?
Et là on va me dire "Non mais Koala tu dis n'importe quoi, en France on envoie pas les enfants se battre au front, on est CIVILISÉS nous!"
Croyez-vous que l'idée d'allez défendre l'Etat-Patrie vienne de nulle part ?
Si certaines personnes se font un devoir de défendre leur nation, leur "mère patrie" c'est bien parce qu'on leur a enseigné qu'iels appartenaient à l'Etat et que cela implique quelques devoirs.
Et cette guerre contre les étranger-e-s ne se résume pas à rejoindre l'armée.
Quand la manip pour tous met en avant des enfants dans leur croisade sexiste, homophobe et transphobe (ou dans leur guerre raciale, cf la banane et les insultes racistes visant Taubira, ou leurs slogans antisémites pour les uns et islamophobes pour les autres lors de leur "jour de colère") iels ne considèrent pas que ces enfants sont des individus libres mais qu'iels sont des soldat-e-s chargé-e-s de défendre l'Etat (ou en tout cas une certaine vision de l'Etat et un système sexiste, homophobe, transphobe, raciste...). Iels agissent comme si leurs enfants étaient leur propriété et par extension la propriété de leur Etat idéal.
On peut aussi souligner l'importance de l'église catholique dans ces croisades, cherchant à réaffirmer son pouvoir (qu'elle acquiert lors du baptême), à réaffirmer que les enfants lui appartiennent.
Dans notre société l'enfant n'est pas considéré comme libre, il est vu comme un être qui appartient aux "adultes" d'un groupe social (c'est un des aspects de la domination adulte) et cela vaut aussi pour les opposant-e-s aux mouvements de lutte contre les oppressions (pour elleux ce groupe social doit juste être homophobe, transphobe, sexiste, raciste... - rayez la ou les mentions inutiles).
Est-ce qu'il est préférable de considérer l'enfant comme propriété de l'Etat ou comme propriété des parents?
Ni l'un ni l'autre, l'enfant devrait être sa/son propre propriétaire hélas cela n'est possible que dans une société sans oppressions. Une société qui ne'est accessible que si en plus d'apprendre à lire, écrire, compter on apprend aux enfants que nous sommes dans une société d'oppressions, que l'on nomme ces oppressions et qu'on donne la possibilité aux enfants de parler de leurs ressentis face à ces oppressions.

Une autre chose lié à ce non-argument "il faudrait d'abord qu'iels apprennent à lire, écrire, compter" c'est l'idée que l'Ecole est un lieu neutre, détachée de la société (idem pour les enfants -qui de toute façon ne sont que des "choses" incapables de pensées autonomes appartenant aux adultes) où on serait tou-te-s égales et égaux.
Ce n'est pas le cas.
Si je repense à mon enfance je vois l'école comme un espace où se reproduisaient les oppressions et inégalité.
Si je repense au stage que j'ai fait il y a à peu près 5 ans c'est encore plus flagrant (car plus frais dans ma mémoire).
Faudrait arrêter de prendre les enfants pour des con-ne-s. Iels vivent en société et en ont conscience même s'iels n'ont pas forcement les mots pour le dire. Leur monde ne se résume pas au modèle pétainiste "Papa + Maman" promu la manip pour tous. Ces enfants voient leurs parents s'absenter pour aller travailler, on les mets en nourrice puis à l'école où iels voient d'autres enfants et d'autres parents, ces enfants ont des frères, des sœurs, des ami-e-s..., iels vont avec leurs parents dans les magasins, iels regardent plus ou moins la télé, iels sortent plus ou moins...
Ces enfants vivent et voient les différentes oppressions et inégalités, y compris à l'école mais on devrait faire comme si cela n'existait pas.
Les enfants qui ne sont pas conformes à la vision cis-hétéro-sexiste de ce que doit être "un garçon" ou "une fille", qui ne sont pas blanc-he-s, qui ne sont pas catholiques (ou athé-e-s d'éducation catholique) sont insulté-e-s, harcelé-e-s, recadré-e-s. Iels le savent, iels le voient. Comme iels voient là façon dont sont (mal)traité-e-s les parents qui ne sont pas blanc-he-s, aisé-e-s, cis et/ou hétéros. Comme iels voient la façon dont les femmes sont (mal)traitées.
S'opposer aux programmes scolaires de lutte contre les différentes forme d'oppression c'est considérer ces oppressions comme normales (dans un sens elles le sont, nous sommes dans une société où le racisme, le sexisme, l'homophobie, la transphobie, le classisme (...) sont les normes, où être "normal" c'est être un mec blanc cis hétéro plutôt aisé). S'opposer aux programmes scolaires de lutte contre les différentes oppressions c'est refuser de donner aux enfants les éléments qui leur permettraient une analyse critique de ces oppressions. Les ouvrages qu'on leur donne pour apprendre à lire, écrire, compter ne sont pas déconnectés de la société. On y retrouve du sexisme, du racisme, du classisme, de l'homophobie, de la transphobie... si on ne permet pas aux enfants d'avoir un esprit critique sur ces oppressions on les éduque à être sexistes, racistes, classistes, homophobes, transphobes...

L'Ecole-usine, lieu d'instruction plutôt que d'éducation.
Vouloir une école qui ne fasse que de l'instruction lire, écrire, compter plutôt que de l'éducation qui apprend (ou devrait apprendre) en plus aux enfants à faire preuve d'esprit critique c'est vouloir une école usine. Cet école usine à un objectif de rendement, elle doit produire un certains nombre d'enfants-produits répondant à un cahier des charges précis, savoir lire, savoir écrire, savoir compter mais surtout ne pas avoir l'esprit critique permettant la critique de la société (le "système" comme disent certain-e-s).
Et là le premier faf venu (pas plus de deux fafs sur mon blog, déjà un-e ça me fout la nausée) va dire "ah mais le système c'est pas les oppressions racistes, sexistes, capitalistes, anti-LGBT... regardez, on peut plus rien dire avec les propagandes du politiquement correct antiraciste, antisexiste, anticapitaliste et pro-LGBT". Sans esprit critique c'est ce qu'on pourrait croire mais quand on réfléchit un peu on se rend facilement compte que les paroles racistes, sexistes, capitalistes, LGBT-phobes sont dominantes dans tous les médias (parfois présenté comme étant "de l'humour" - lire Denis Colombi sur le sujet), que la parole appartient quasi uniquement à des mecs, blancs, cis, hétéros, plutôt aisés et quand on laisse des membres des différentes "minorités" s'exprimer elles sont souvent opprimé-e-s sur un seul axe d'oppression (ou deux) et souvent leurs discours ne remettent pas en cause les oppressions qu'iels vivent (Ruquier et son acceptation de la parole homophobe n'est qu'un exemple).

Il est important de lutter le plus tôt possible contre les différentes oppressions, le rôle de l'Ecole ne se résume pas à remplir des têtes pour qu'elles soient bien pleines mais à les éduquer pour qu'elles soient bien faites.
Aujourd'hui hélas on les remplit d'avantage qu'on ne les éduque et étant donné les attaques des opposant-e-s aux luttes sociales j'ai peur que cela soit de pire en pire.

Koala