En réponse à ça.


Bonjour très chère,

C’est une personne trans/Inter pauvre, marginalisée et sans éducation qui t’écrit. Tu excuseras donc à la fois son vocabulaire, sa sémantique et la grammaire, car elle n’a pas eu la chance, le privilège d’accéder à l’éducation, elle n’a donc pas ton aisance à écrire un billet d’humeur assassin et torché comme le tiens.
Ouvrier agricole à mi-temps au smic, les mains sales et calleuses, puant le lisier et le cadavre, je prends tout de même le temps de te dire combien ta morgue envers moi est insupportable, insultante et méprisante. Mais aussi combien c’est aussi le cas pour la plupart des trans et des Inter de France.
Tu me juge à l’aune de ta vie, de ton confort et de ta position de sachant, tu m’invalide et me, nous renvoi dans les limbes de la marginalité de l’oppression où nous sommes assignéEs afin de faire valoir ta position, tes droits tes privilèges et tu nous parle de communautarisme.
Oui je suis unE gaucho moche mais je ne gémie pas sur le pavé, je revendique et je me bats, sans doute depuis bien plus longtemps que toi pour le droit des touTEs les trans et Inter, pour tes droits.
Je ne suis pas légitime à tes yeux, je ne te représente pas tant je te fais honte, vieille pute prolo qui a cassé son corps à l’usine durant des décennies après avoir battu le pavé en gémissant, non lors des manifs mais pour claper, ne pas crever, exister.
Mais dans le même temps si des connes comme moi n’avaient pas été là pour ouvrir la voie, mettre en place des structures d’accompagnement, des lignes d’écoute, des permanences pour vous écouter gémir sur votre sort, ben tu serai toi aussi cassée, ex-pute ou encore pute, séropo marginale.

Tu vois tu me méprise ouvertement mais je sais que ma légitimité, ma fierté c’est de vous avoir avec quelques autre ouvert la voie, pour que tu puisses aujourd’hui de ta position en surplomb me, nous conchier ouvertement et sûre de ton bon droit.
« Les T ont besoin de philosophes. Les T ont besoin de stratèges politiques. Les T ont besoin de dirigeants, de représentants insérés, d’une classe moyenne épanouie. Les T ont besoin de gens de gauche, de droite et du centre, de gens insérés dans la société ».
Mais lale gueusE que je suis ne t’a pas attendu pour le faire avec ses bottes pleines de fumier, sa tronche moche et son corps qui te révulse. Fais un effort et regardes derrière toi notre histoire, toi qui est cultivé et à accès à la culture, fouille cherche et tu verra que ceulles que tu méprise ont fait des choses et que les « prostitués, toxicomanes, migrants illégaux, et laiderons gauchistes qui cultivent, dirait-on, une image sale et marginale » on aussi une culture, leur culture, une stratégie, leur stratégie et que si elle est antagoniste avec les tiennes, elle n’en reste pas moins valide mais surtout qu’elle est ce qui t’a permise à toi d’être ce que tu est et surtout jamais contrairement à ce que tu semble croire elle n’a eu comme objectif de t’invalider.
Alors, je m’excuse mais je dois aller au charbon, moi qui suis de cette putain de France qui se lève tôt mais qui reste pauvre et marginalE, cette fange que tu hais car elle salie ta personne mais j’aimerai que tu reconnaisse publiquement que ta haine des gens comme moi, qui sont représentatiVEs au même titre que toi, de la minorité trans et Inter est d’une violence inouïe et que tu t’es égarée en publiant ce billet d’humeur ou alors que tu constate que tu nous considère comme des ennemis de classe et que tu organise tes propres évènements sans venir me chier sur la gueule quand depuis plus d’une décennie je me fais chier à en organiser qui me conviennent.
Ce faisant je vais aller finir de me casser mon vieux corps meurtri au turbin en pensant aux copines qui ont crevé d’être ce que tu ne supporte pas : « prostitués, toxicomanes, migrants illégaux, et laiderons gauchistes qui cultivent, dirait-on, une image sale et marginale. »
Je ne t’en veux même pas et je reste fière d’être l’unE de celle qui t’on permit de m’oppresser, au moins on avance et si par hasard tu le souhaite on pourra se retrouver devant un verre ou une tasse de thé pour parler de ce passé si proche que tu ignore et de touTEs celles qui sont mortes parce que des gens comme toi ne souhaitaient pas qu’elles vivent.
Bien à toi.

Vincent Guillot