A Christine Le Doaré,
 
 
Christine Le Doaré, vous me permettrez de ne pas vous avoir dit "Chère", cela serait hypocrite. Je ne vous chéris pas Christine Le Doaré, pour être honnête je vous vomis.
Vos positions sur la prostitution ou le BDSM ne sont pas le problème. Il y a des féministes avec qui je suis en désaccord sur ces points et pourtant je les respecte. Il y en a même que je considère comme des ami-e-s.
Le problème c'est d'avantage votre croisade contre les mouvements queers (et surtout contre les droits des trans). Ces mouvements ne sont pas irréprochables, bien au contraire, mais au final vos prétendues critiques de ces mouvements servent surtout à exposer votre transphobie et là ça me pose problème.
Comme je l'ai dit le problème n'est pas votre position par rapport au BDSM ou à la prostitution, aussi ne vais-je m'intéresser qu'à la seconde partie de votre texte "Revenir aux fondamentaux".
Ces « libertaires » et révolutionnaires aux contradictions effarantes sont les mêmes qui encouragent l’émergence des micro-identités, toutes les micro-libertés devant être promues. C’est aussi le cas dans le mouvement homosexuel devenu Mouvement L, G, B, T, Q, I, A, etc. ; à chaque fois qu’une poignée de personnes a une spécificité bien à elle et juge être plus gravement discriminée que les autres, il faut ajouter une lettre et sinon subir un constant harcèlement. Les droits de la lettre L (lesbiennes) sont toujours amplement ignorés par le Mouvement LGBTQIA… mais il faut prioriser, par exemple, les droits des I (Intersexués).
Christine Le Doaré vous osez vraiment dire que les droits des lesbiennes sont invisibles par rapport au droits des trans, aux droits des intersexes, aux droits des asexuel-le-s, etc.?
Jusqu'en 2012 vous avez présidé le centre LGBT d'Ile de France et vous osez dire une telle connerie?
N'avez-vous pas honte?
Vous commencez en associant celleux qui défendent la prostitution à celleux qui défendent le droit des "micro-identités" (terme que vous employez plus loin et que je reprendrais par la suite).
Ce rapprochement n'est pas rare, il est même assez fréquent chez certain-e-s féministes transphobes. Est-ce là le seul moyen que vous avez trouvé pour justifier votre rejet des micro-identités?
Les "pro-putes" seraient défenseurs et défenderesses des trans, intersexes, assexuel-le-s... et du coup cela justifierait vos prises de positions transphobes et intersexophobes?
Je ne sais pas si être trans, intersexe ou assexuel-le c'est être plus gravement discriminé qu'être gay ou lesbienne. En fait je vais être honnête, je m'en fous. Je ne fais pas dans le concours de qui a l'oppression la plus grosse.
Ce que je sais c'est qu'au final on trouvera toujours d'avantage de personnes pour défendre les droits des lesbiennes que pour défendre les droits des trans ou des intersexes.
Les lesbiennes (et leurs revendications) sont invisibilisées par rapport aux gays.
Les bi-e-s et pans sont invisibilisé-e-s par rapport aux homos.
Les trans sont invisibilisé-e-s par rapport aux cis.
Et les intersexes sont invisibles par rapport aux non-intersexes.
Ce sont des réalités pour quiconque ne vit pas avec des œillères.
Moi même je ne sais pas vraiment quelles sont les revendications des intersexes car eils sont invisibles. Invisibles dans le militantisme GLBT. Invisibles dans le militantisme "radicool" TBGP (Trans, Bi-e-s, Gouines, PD). Et d'après vous ces revendications dont on ne parle jamais passeraient avant vos droits de lesbienne?
Et dire que vous nous accusez de faire des priorités. Christine Le Doaré non seulement vous êtes malhonnête en prétendant que les droits des intersexes passent en priorité mais en plus vous êtes mesquine quand vous laissez entendre que vos droits à vous devraient être ceux qui passent en priorité.
Ce principe de saupoudrage est le même pour toutes les catégories, de genre/sexe, mais aussi religieuses, ethniques, etc. Les micro-identités peuvent diviser les forces, seules les personnes concernées s’intéressant à leur micro-problème, pendant ce temps-là, d’autres ne se gênent pas pour continuer d’exploiter et opprimer massivement les populations !
Le plus important surtout, c’est de bien gommer qu’il y a toujours la moitié de l’humanité qui vit sous domination masculine, qu’il y a des systèmes d’oppression économique majeurs, etc. 
Vous dites que les micro-identités divisent les forces, qu'à cause de cela les systèmes d'exploitation et d'oppression perdurent. Soit, c'est votre droit de dire de la merde (c'est votre liberté d'expression) comme c'est mon droit de pointer vos contradictions et de vous mettre le nez dedans (c'est ma liberté d'expression).
D'abord s'il est vrai que la moitié de l'humanité vit sous la domination masculine que dire du fait que la majorité de la population vit sous la domination blanche?
Et combien de prolos sous la domination bourgeoise?
Historiquement le féminisme c'est quand même un truc de meufs blanches bourgeoises hétéras et cis. Pour reprendre vos mots une micro-identité s'intéressant à ses micros-problèmes. Et, soyons honnêtes, c'est toujours un peu le cas aujourd'hui. Quand vous parlez de "sororité", de féminisme concret ou de fondamentaux vous parlez d'un féminisme de meufs blanches bourgeoises hétéras et cis. 
Vous même n'est-ce pas le féminisme que vous défendez?
La moitié de l'humanité vit sous domination masculine mais ce n'est pas le seul rapport de domination, considérez-vous qu'une bourgeoise blanche hétéra est l'égale d'une prolote racisée lesbienne?
Avouez que la question se pose quand on lit vos propos. Vous parlez de division alors que c'est vous qui la créez en considérant qu'on ne peut pas s'intéresser en même temps à nos micro-problèmes de micro-identités et être féministes. Votre féminisme n'est pas inclusif pour les femmes appartenant à ces micro-identités.
Au final peu importe ce que vous appelez micro-identité, vous pourriez nous faire la liste des micro-identités et lesquelles sont les plus importantes, une petite hiérarchie des combats, ça ne changerait rien au problème. Peut-être qu'au final vous considérez que la domination blanche n'est pas un micro-problème. Peut-être qu'au final vous considérez que la domination bourgeoise n'est pas un micro-problème. De toute façon à partir du moment où vous pensez qu'il existe des micro-identités, des micro-problèmes et qu'il faut établir des priorités vous excluez certaines femmes de votre féminisme, vous divisez.
Puis allez, admettons que les micro-identités soient trop concentrées sur leurs micro-problèmes pour être vraiment féministes, en quoi cela dérange VOTRE féminisme censé être macro-identitaire?
Nous ne sommes que des micro-identités, c'est vous même qui le dites alors pourquoi cela vous pose problème que nous nous intéressions d'avantage à nos micro-problèmes qu'à vos macro-problèmes?
Nous ne devons pas peser grand chose dans la balance alors qu'est-ce qui vous pose problème dans le fait que nous nous concentrions sur les problèmes qui nous concernent?
Vous nous demandez de mettre un mouchoir par dessus nos micro-problèmes et que nous combattions derrière vous, désolée mais cela n'est pas possible. Personne ne vous oblige à vous battre pour les droits des micro-identités seulement en nous demandant d'oublier nos micro-problèmes vous vous positionnez comme une opposante, comme une ennemie reprenant un argumentaire digne de la manifestation dite pour tous. Vous utilisez votre position de dominante pour venir nous dire comment nous devons mener nos combats.
Combien de fois au cours des derniers mois avons-nous entendu dire que les questions LGBT n'étaient pas importantes (les micro-problèmes d'une micro-identité), cela ne vous gène pas de reproduire le discours des sexistes, homophobes et transphobes de la manif dite pour tous?
J’ai relevé de telles dérives, particulièrement en matière d’égalité de Genre : les études de genre, les Droits des femmes, ne devraient plus seulement être féministes et porter sur l’analyse et la déconstruction du système patriarcal, mais prendre en compte les droits des Trans. , les questions de genre n’étant plus seulement comprises comme une problématique d’égalité femmes-hommes mais comme une déconstruction du genre au profit d’un « troisième genre ».
Les mots sont importants et le fait que vous parliez de dérives quand vous abordez les questions trans n'est, je pense, pas anodin. Comme si le féminisme ne devait s'intéresser qu'aux femmes cis et que s'intéresser aux femmes trans était une dérive.
Mais peut-être est-ce là votre idée. Peut-être auriez-vous été d'accord avec Betty Friedan quand elle présentait les lesbiennes comme une menace lavande, que parler des lesbiennes était une dérive du féminisme, un frein pour les Droits des femmes hétéros.
Vous présentez les études de genre comme une sorte de chasse gardé mais il s'agit d'un champ d'études et en tant que tel elles ne vous appartiennent pas. Et si les études de genre permettent de répondre à certaines problématiques trans et intersexes vous ne pouvez pas nous empêcher de les utiliser.
Vous opposez la "déconstruction du système patriarcal" (moi je suis d'avantage pour sa destruction mais bon...) et les droits des trans, comme si l'un excluait l'autre. Bien sûr on se rappelle que pour vous les meufs trans ne peuvent pas vraiment être féministes et sont au contraire des alliées du patriarcat, des caricatures de femmes auxquelles les lesbiennes ne voudraient surtout pas ressembler (dans ce texte où vous parlez des mecs trans au féminin mais sans transphobie aucune je présume).
Personnellement je suis très critique au sujet des questions de déconstruction de genre. Trop souvent je l'ai vu utilisé par des cis pour nier leur privilèges (par exemple votre ami Martin Dufresne qui dit refuser d'être un homme bien assis sur ses privilèges de mec cis hétéro) ou pour trasher les trans qui ne seraient pas assez déconstruit-e-s (ces idiot-e-s trop stéréotypé-e-s). Je ne sais pas quelle est la solution pour détruire le patriarcat, si je le savais je m'empresserais de la mettre en pratique, mais je suis sceptique concernant la déconstruction des genres. D'ailleurs il me semble que les revendications d'associations trans sont de pouvoir plus facilement changer de genre d'un point de vue administratif, on est pas vraiment dans le révolutionnaire troisième genre ou la déconstruction des genres mais plutôt dans la recherche de solutions concrètes, applicables immédiatement.
 
La question est intéressante mais ne devrait pas pour autant gommer les luttes féministes. Pourtant c’est bien ce qui se passe et l’on glisse d’une lutte contre les violences de masse du genre masculin à l’encontre du genre féminin, vers une problématique minoritaire, celle des personnes Trans.
 
Le fait que vous puissiez vous détacher comme cela de la question trans montre d'où vous parlez. Vous êtes cis Christine Le Doaré et en tant que telle vous êtes une privilégiée. Vous pouvez décider de fermer les yeux sur les problématiques trans. Après tout c'est une problématique minoritaire. Forte précarité, beaucoup de prostitution, comportement à risques, prévalence élevée au Sida, taux de suicides élevé... Mais cela ne concerne qu'une minorité, une micro-identité. Vous pouvez fermer les yeux sur les morts de trans, sur la politique eugéniste que le patriarcat impose aux trans. Car voyez-vous le patriarcat se fiche que notre micro-identité crève, il ne trouve pas d’intérêt à notre survie contrairement à la survie des meufs cis (comme outil de reproduction). Le patriarcat peut donc taper plus fort sur les trans que sur les cis.
Comme si les rapports sociaux de sexe n’existaient plus, comme si l’écrasante majorité de la population n’était pas toujours pas plongée dans la dichotomie d’un monde dans lequel les femmes et les hommes n’ont toujours pas la même valeur ni la même place. Les personnes Trans. rencontrent en effet des discriminations avant, au cours de leur parcours de transition, et après (papiers d’identité conformes, etc.), ces problèmes doivent être adressées et résolus, mais pas au détriment des luttes féministes. Pourtant, même au niveau européen, les programmes et agendas des Gender issues (Egalité de genre) sont perturbés par la place disproportionnée accordée à des questions touchant des micro-communautés.
 
Mais qui parle de mener une lutte au détriment d'une autre?
Vous trouvez que les questions trans occupent une place disproportionnée?
Permettez-moi de rire (ha-ha) car au final ces questions sont les mêmes que l'on est obligées de ressasser depuis plus de 40 ans. Et les problèmes des trans n'ont jamais été résolus, pas vraiment d'avancées. Au final peut-être que si on réglait ce que vous considérez n'être que les micro-problèmes des micro-identités les trans pourraient passer à autre chose mais là, en l’occurrence, il en va de nos vies de régler ces micro-problèmes. Donc oui nous pouvons faire un peu de hiérarchisation mais si nous ne défendons pas nos micro-identités et ne tentons pas de résoudre nos micro-problèmes qui le fera?
Pas vous assurément.
Des conférences féministes sont sabotées par des trans./queer activists.
 
Parlons de cette conférence RadScum 2013, car c'est bien de cela que vous parlez Christine Le Doaré?
Oui des militant-e-s transféministes "sabotent" des conférences féministes. Et nous continuerons à le faire. Tant qu'il y aura des rassemblements de féministes transphobes (comme par exemple Sheila Jeffreys ou Cathy Brennan) il y aura des transféministes pour réagir, protester et "saboter" ces événements. En ce sens nous faisons ce que les féministes ont toujours fait. Si vous vous insurgez contre cela alors il faut vous insurger contre le collectif La Barbe qui sabote régulièrement des événement sexistes, contre les féministes qui ont saboté une dédicace d'Aldo Naouri et surtout vous insurger contre les lesbiennes de la lavender menace qui étaient prêtes à saboter des événements féministes pour en condamner la lesbophobie.
Nous ne faisons que suivre ces exemples, nous insurgeant contre la transphobie, y compris chez les féministes. Aussi ne vous étonnez pas si des "activistes trans" sabotent votre participation à l'Eurolesbopride, il ne s'agira pas de masculinistes cherchant à museler une féministe (même si vous le présenterez comme ça) mais des trans réagissant à votre transphobie.
Mon propos n’est pas de dire que les minorités n’ont pas de problèmes qui ne doivent pas être adressés bien entendu, mais que les équilibres doivent être maintenus et les efforts proportionnellement consentis.
 
Demander à maintenir les équilibres c'est de la merde. Sans vouloir vous vexer on est dans une société d'oppressions et il y a des déséquilibres. Quand vous, meuf cis, venez demander aux trans de faire des efforts vous utilisez votre position de dominante pour nous dire comment lutter, sans faire de bruit et sans être trop visibles. Pire que celleux qui restent neutres en situation d'injustice vous venez dire à celleux qui subissent ces injustices de se taire, vous faisant alors la complice du patriarcat dans sa violence envers les trans. 
Des jeunes LGBT, mais pas seulement, sont séduits par ces dérives issues des théories queers. Ils peuvent s’isoler un temps des réalités sociales, vivre entre eux, prétendre s’affranchir des rapports sociaux de sexe, choisir le genre qui leur convient, celui du « milieu ». Ils seront rattrapé-e-s par les réalités sociales, les plus lucides en tireront les conclusions qui s’imposent, mais certains tenteront d’imposer leurs revendications et plutôt que de contribuer à déconstruire le système patriarcal et la domination masculine en reconnaissant aux femmes le droit de s’organiser de façon autonome et prioritaire, s’attaqueront aux féministes, comme les queers trans-activistes qui ont cette année compromis la tenue d’une conférence féministe radicale, au Royaume-Uni.
L’instrumentalisation, la mise en valeur, la prolifération de micro-communautés au détriment d’une lutte de masse contre les systèmes d’oppression dominants, qui en bénéficie sinon le système patriarcal et ses bénéficiaires ? Jean-Michel Carré, tous les chantres de la « liberté de choix «, dans une société phallocrate et dépolitisée, en utilisant de la sorte ce concept de liberté, qu’ils en soient conscients ou non, empêchent les femmes de s’organiser pour revendiquer et obtenir l’abolition du patriarcat.
Ce qui m’étonne encore le plus c’est que tant d’intellectuels les cautionnent ; faut-il qu’ils aient démissionné devant l’indigence et la démagogie de ce « prêt à penser » ! Notre société de consommation, d’apparences et d’indifférences, malade de son individualisme, vide de sens collectif, encourage ceux qui sous couvert de subversion, contribuent au maintien et renforcent les systèmes de domination.
Il va pourtant bien falloir sortir de cet éclatement qui profite aux systèmes et revenir aux fondamentaux.

Alors encore une fois au sujet de vos conférences de féministes transphobes oui nous les condamnons et oui nous nous y opposons. Non Christine Le Doaré, nous n'allons pas vous laisser vous réunir pour gerber toute votre transphobie sans réagir. Tant qu'il y aura des féministes transphobes il y aura des transféministes pour vous répondre et pourrir vos conférence.
Arrêtez de faire croire qu'il s'agit là d'une critique des mouvements queers car votre vision de ces mouvement semble bloquée à ce qu'ils étaient dans les années 90. Vous utilisez cet alibi pour au final taper sur les trans.
Alors je pourrais critiquer votre gloubi-boulga de texte mais juste vous me donnez envie de vomir Christine Le Doaré. Au final vous projetez vos fantasmes à base d'une méconnaissance affolante des questions trans et votre texte peut se résumer en deux phrases : "Trans, crevez en silence" et "Moi d'abord".
Je ne veux pas revenir à vos fondamentaux, à un féminisme de meufs blanches cis hétéras et bourgeoises. Je veux d'un féminisme qui défendent TOUTES les femmes. Et si je m'oppose à vous c'est car vous êtes une ennemie des trans. Une ennemie qui dispose d'assez de pouvoir pour être nuisible par exemple en tant qu'intervenante à l'eurolesbopride où vous pourrez faire la promotion de vos idées nauséeuses. Je n’attendrais pas que vous agissiez comme vos homologues anglo-saxones avant de m'opposer à vous.
 
Koala