Petite contribution anonyme reçue par mail.
Le titre vient de cette chanson


Il y a cette copine féministe cis qui parle de règles en tant qu'empowerment féminin.
Il y a ce copain pédé cis qui t'explique que il est trop pédé pour aimer les chattes.
Il y a ce mec hétéro cis qui te demande si t'es une fille ou un mec.
Il y a toutes ces petites réflexions  idées, termes qu'on entends et voit tous les jours, listés dans l'article sur le cissexisme en milieu transpédégouine féministe.
Mais ce qui n'est pas dit, c'est après, ce qui suit ces situations. Comment en tant que personne trans tu peux réagir à ce genre de situation.
 
Tu peux décider de parler avec cette personne.
Essayer de lui faire comprendre ce qui craignait dans ces propos et pourquoi ça te blesse, ou pourquoi tu penses que c'est politiquement problématique.
Oui, on te répondras surement "oui non mais c'est un raccourcis" ou "non mais c'est pour les personnes pas déconstruites (sic), pas queer" ou "non mais en même temps à part dans ton petit monde de trois personne et demi personne n'en a rien a foutre".
Bien sûr il arrivera que les personnes s'excusent, et apprennent de leurs erreurs. Mais, sans mentir, en majorité on t’enverras chier. On se foutras de ta gueule, on te diras que tu exagères, qu'il ne faut pas réagir comme ça. Parce que la personne avec qui tu parles a quand même
 pas mal d'ami-e-s trans et donc se serait déjà fait-e engueulé-e si iel disait de la merde.

Tu passeras donc tes journées à parler avec tes potes, à leur dire que t'as pas trouvé ça cool l'article sur le fait que les mecs doivent pisser assis qui sous entends que tous les mecs ont des bites et qu'aucunes meufs n'en ont, que ton pronom c'est celui là, et pas un autre, que non homophobie ça ne veut pas dire transphobie et il faut le préciser ...
Tu deviendras un-e prof de genre pour les nuls gratuitement et à plein temps, que tu le veuilles ou non.
Des fois (souvent) tu pleureras parce que tu as passé ton temps à entendre lire ou voir des choses qui invisibilise complètement ou excluent directement ton identité.
 
Tu peux aussi te mettre à gueuler quand il y a des trucs craignos.
Plutôt que de te mettre à faire de la pédagogie, tu commences à t'énerver parce que tu en as ras le cul de devoir tout expliquer à tout le monde.
Là tu seras contre productif-ve. Tu peux pas demander aux cis-het de tout savoir hein, il faut être sympa, faire de la pédagogie, tu te prends pour qui à gueuler, tout le monde n'as pas lu Butler (toi non plus d'ailleurs mais il faut croire que si tu es queer tu aimes, baises et vis Butler).
Tu peux aussi, après avoir quitté les milieux cis-het parce qu'ils n'étaient pas du tout safe pour toi, commencer à déserter les milieux féministes, transpédébigouines et queers parce que c'est exactement pareil.
Tu n'auras plus beaucoup d'amis, mais au moins tu ne te sentiras pas comme une merde à chaque fois que tu vois quelqu'un-e.
Tu ne fréquenteras plus d'espaces publics, mais au moins tu ne te réfugieras plus dans les chiottes pour pleurer.
Tu ne baiseras pas, mais au moins personne n'invalideras ton identité en essayant de te draguer ou en baisant avec toi.
Tu te feras traiter de non militant-e, de traître  de connard-sse parce que tu as quitté tes ami-e-s d'avant, ou tes milieux so radicaux, so queer, ou tes allié-e-s pas foutu-e-s de t'écouter.
On te diras que tu ne peux pas attendre que les gens soient cools si tu ne veux même pas les éduquer. On te demanderas de dire en face aux personnes qui disent des trucs transphobes que tu les trouve cissexistes, alors que ces personnes ne vont bien sûr pas s'excuser mais te reprocher de leur demander des explications et te tenir des propos pires encore. On te demanderas pourquoi tu ne veux pas dire toi même quels sont tes pronoms aux gens, sans savoir le nombre de fois où on s'est foutu de ta gueule, ou on a été violent-e avec toi.
Oui, ça prends du temps, de l'énergie, et beaucoup de larmes d'expliquer à chaque cis qui passe que ton pronom c'est celui là, que dire ça c'est te faire violence, que non toutes les meufs n'ont pas des chattes et que c'est pas cool de nous demander si on a une chatte ou une bite.
Et on ne vous doit rien.
On n'est pas des profs, et on n'a aucunement l'obligation de mettre notre santé mentale en péril pour vous.
Je comprends bien que c'est compliqué de remettre des trucs en question et que personnes n'est infaillible, mais que parfois c'est notre vie qui en dépends.
Il y a quelque chose que les cis doivent comprendre, c'est que notre vie entière est révolutionnaire, notre existence est de l'activisme.
Que l'on vient peut être pas en manif, parce qu'on aime pas la foule et qu'on sait à quel point elle n'est pas notre alliée, mais que chaque fois qu'on marche dehors malgré notre anxiété, avec notre apparence de freak et notre dyshorie rampante, avec nos tentatives désespérés pour être lu-e-s non comme notre assignation à la naissance mais bien comme notre identité de genre, on lutte.
Et c'est notre vie qui est en jeu à chaque moment.