Dans mon texte sur la transphobie de certain·e·s féministes j'ai parlé de ce constructionnisme tendant vers l'essentialisme de certain·e·s. Je ne sais pas si cette vision est rependue ou non mais je sais qu'on peut aussi bien la retrouver dans des milieux féministes mainstream que dans des milieux plus "radicaux".

Le problème avec cette vision du constructionnisme c'est le fait de voir la socialisation d'un point de vue uniquement cis (rappel cis = non trans).
Mais quid de la socialisation des trans?

Je vais parler d'une chose que je connais bien : de moi.
D'aussi loin que je me souvienne je me suis toujours sentie mal de le rôle du mâle qu'on m'inculquait. C'était comme l'étiquette de vêtement neuf qui démange entre les omoplates sans qu'on puisse y faire quoi que ce soit. Ce n'était pas invivable mais c'était là, tout le temps. Me sentir exclue quand je voyais des filles entre elles, un peu jalouse. Me sentir mal à l'aise en compagnie des mecs, les mimer mais me sentir toujours comme une intruse.
Ai-je socialisé pendant ces années?
A mon avis pas vraiment  en tout cas les bases mais pas assez pour me construire une identité sociale. J'étais solitaire, renfermée sur moi-même, peu d'ami·e·s, on pourrait même dire qu'avant la fac je n'avait pas vraiment d'ami·e·s.
J'ai vraiment l'impression qu'une bonne part de ma socialisation j'ai pu la faire une fois sortie du placard. J'avais arraché cette étiquette entre les omoplates, j'étais enfin libre. Enfin libre... c'est un grand mot. J'avais à affronter ce que certaines femmes cis affrontaient depuis gamines, les injonctions contradictoires, soit plus féminine (surtout si tu veux "passer") mais pas trop (ça fait drag queen / travelo / pute), le harcèlement de rue et à côté de ça la transphobie, le sentiment d'avoir perdu plusieurs années de sa vie et de ne pas pouvoir les rattraper.
Au final considérer que j'ai socialisé comme un mec car AMAB (assignated as men at birth) c'est foutre en l'air les quatre dernières années de ma vie qui ont été les plus importantes pour moi. A vrai dire considérer que j'ai socialisé comme meuf car MtF me gênerait tout autant car c'est occulter les 23 premières années de ma vie avec cette foutue étiquette qui me démangeait  ce mal-être permanent, cette envie d'être fille quand on me demandait d'être garçon. Alors que dire?
Que j'ai socialisé comme trans AMAB, comme trans MtF. Ouais ce serait mieux, je préférerais qu'on dise que j'ai socialisé comme Cassandra Koala mais au moins en considèrent que j'ai socialisé comme trans on ne colle pas un modèle cis sur ma vie.

Il faut se faire une raison : NOUS NE SOMMES PAS CIS!
Nos expériences, nos vécus, nos vies ne peuvent donc pas être ramené·e·s aux expériences, vécus ou vies de cis.

Voilà c'était mon petit texte de ce jeudi soir pour dire qu'afin de lutter contre la transphobie en milieu féministe (mainstream ou plus underground), en milieu "LGBT" ou en milieu "TPG" il faut peut-être commencer par ne plus projeter des visions de cis sur les trans.
Les trans AFAB (assignated as female art birth) et trans FtM n'ont pas socialisé comme des meufs cis.
Les trans AMAB et trans MtF n'ont pas socialisé comme des mecs cis.
Tant que certain·e·s ne seront pas sorti·e·s de ça il sera difficile d'avancer.

 

Koala


D'abord je tiens à remercier Ultrapuke qui m'a donné l'idée de se texte (j'espère que tu vas pas le trouver trop nul).

Ensuite je vais vous expliquer rapidement pourquoi je distingue trans AFAB de FtM et trans AMAB de MtF. Je distingue car on peut être né·e de sexe masculin (ou féminin), ne pas se reconnaître dans son genre de naissance sans pour autant se reconnaître dans le genre opposé. Alors certain·e·s me demanderont peut-être si on est pas là dans ce que je critiquais quand je disais "On est tou·te·s un peu trans tu sais". Oui... et non je vous invite à relire le texte que je viens de citer où je liste des trucs chiant que les trans on à vivre, et bien les trans AFAB non FtM et AMAB non MtF vivent le même genre de choses.