Les débats des derniers mois sur les questions LGBT m'ont appris.
Pas vraiment par rapport aux opposants, pour eux je savais à quoi m'attendre. Bien sûr même si je m'attendais à leurs violences, dans leurs propos comme dans leurs actes, ça m'a secouée. Alors on a beau s'y attendre rien ne prépare à recevoir tant de haine, venant d'un peu partout à la fois.
Là où j'ai le plus appris c'est concernant le militantisme LGBT. Et ce que j'ai découvert c'est que parler de LGBT était une imposture.

Que les homophobes de la manif pour tous se rassurent, je ne vais pas dire ici qu'il s'agit d'un regroupement d'assos fantômes sans statuts, servant le "puissant lobby homo gender du Marais". Ce sont là des fantasmes d'homophobes et les assos fantômes sans statuts on les trouve surtout dans la Manif dite pour tous (il est fort ce Xavier Bongibault, président d'une asso sans existence réelle). Ce que je vais critiquer ici c'est l'illusion de cette union LGBT.

Les trans sont invisibles, nous n'existons pas, nous sommes des licornes.
C'est du moins l'impression que l'on peut avoir quand on voit certains textes concernant la prévention des IST et MST chez les LGBT (qui parlent surtout de prévention chez les gays cis) ou certains textes sur la hausse des suicides et tentatives de suicides chez les LGBT (là encore on va surtout parler des gays cis qui se suicident ou tentent de se suicider) ou des textes sur la précarité des LGBT (et bien sûr on parlera surtout de la précarité des gays cis).
Nous vivons dans une société de dominations, selon la race, le genre, la classe sociale, que l'on soit valide ou non, que l'on soit trans ou non, etcetera.

Dans notre société les hommes sont dominants, nier ce fait c'est nier que nous vivons dans une société qui est sexiste. De ce fait il semble logique que les hommes homos soient plus visibles que les femmes homos, car même s'ils sont dominés en tant qu'homos ils restent dominants en tant qu'hommes.
De plus homosexualité et féminisme ne vont pas forcement de paire. Il y a des homosexuel-le-s pour qui un homme sera toujours plus légitime qu'une femme pour s'exprimer sur les "questions LGBT".
De même les cis sont dominant-e-s par rapport aux trans, c'est une autre réalité de la société. Certain-e-s personnes sont mal à l'aise avec les questions de transidentité (et par extension avec les trans), il y a toujours des gens pour qui c'est bizarre, pas vraiment normal. Ce malaise c'est la base de la transphobie. Certain-e-s vont réussir à dépasser ce malaise en essayant de comprendre qu'il n'y a pas à se comporter différemment avec un-e trans qu'avec un-e cis du même genre mais d'autres en seront incapables et sombreront dans une transphobie plus ou moins violente. Cela n'épargne pas les sphères LGBT et pour certain-e-s les trans restent des fous et des folles. Il y a aussi des homosexuel-le-s cis qui estiment pouvoir parler aussi bien que les trans des problématiques que nous vivons car ils et elles savent, bref du cisplaining en bon et due forme dont le seul résultat est l'invisibilisation des trans.
Et pour ce qui est des bi-e-s... bah ce sont un peu des licornes. Merde, j'ai dit la même chose pour les trans et les bi-e-s ne sont pas trans (même si on peut être trans et bi-e) alors disons que ce sont un peu des dahu-e-s, c'est cool les dahu-e-s. Les bi-e-s ont peu de visibilité, d'abord car il n'y a pas vraiment de culture bie mais surtout car ils et elles sont parfois traitées comme si la bisexualité était un slalom entre deux orientations sexuelles "homo"-"hétéro" et pas une orientation sexuelle à part entière. [Au passage je vous (re)conseille la lecture du blog de Prose]

Ces invisibilités lesbiennes, trans ou bi-e-s montre une des absurdité de cette union "LGBT". Pourquoi faire croire que chacune des lettres se valent quand au final le G écrase (volontairement ou non) les trois autres lettres?
Surtout que cela se ressent au niveau "militantisme LGBT".

Août 2012 la nouvelle loi sur le harcèlement sexuel a été votée (plutôt une bonne chose) et avec il y a été ajouté un critère de discrimination concernant "l'identité sexuelle" (j'en ai parlé ici). Et que c'est-il passé?
Bah pas grand chose. Il y a bien eu quelques reproches mais Najat Vallaud-Belkacem a promis que viendrais un gros débat sur le genre et les questions trans et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je pense aussi que certain-e-s "représentant-e-s" LGBT auprès du gouvernement étaient surtout dans l'attente du mariage, le reste pouvait donc attendre. Est-ce que je n'exagère pas un peu?
Ouais, peut-être. Mais il faut dire qu'en y repensant j'ai un peu la haine. Ce 6 août c'était la première trahison du gouvernement envers "les LGBT" mais au final "les LGBT" n'ont pas vraiment réagi.
Merde le débat sur le genre était à avoir AVANT les débats sur l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe. Et je ne dis pas ça car il me concerne en tant que trans mais car au final beaucoup de choses en découlent (y compris l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe). Nous avons pu voir que les homophobes n'avais que ce mot là à la bouche, le grand vilain "GENDER" (prononcer "Jeune d'Eure"), source de tous les maux de la société. Ils et elles ne pouvaient pas partir en guerre contre les homos, contre les trans ou contre les féministes (en tout cas pas l'annoncer ouvertement) alors leur croisade ils et elles l'ont lancé contre ce "GENDER" qui n'est pas d'chez nous (et un ennemi immatériel c'est cool, on peut lui faire dire/faire ce qu'on veut). Mais le gouvernement consensus à peur de ce débat et je crois que certain-e-s représentant-e-s LGBT aussi.

C'est un débat difficile car il touche aux fondements du cis-hétéro-patriarcat en remettant en cause le différentialisme qui ne sert qu'à justifier les inégalités de traitement. Les hommes, les hétéros et les cisgenres ont à y perdre leurs privilèges et c'est pour ça que certain-e-s s'y opposent avec une telle violence. Pour conserver les privilèges masculins, les privilèges hétéros et les privilèges cis. Même parmi "les LGBT" il faut convaincre et je pense que c'est pour ça que certain-e-s de nos "représentant-e-s" n'ont pas dit non quand Najat Vallaud-Belkacem a proposé de repousser ce débat aux calendes grecques.

Au final qu'avons nous à gagner dans cette unité de façade?
Il y a des divergences.
Certains gays cisgenres n'en ont rien à faire de la PMA pour les couples lesbiens et ils ne se mobiliseront pas pour la défendre.
Des homos cisgenres voient les trans comme des malades et ne lèveront pas le petit doigt pour que nos droit s’améliorent (et parfois s'y opposeront peut-être par réaction transphobe).
Des lesbiennes, gays ou trans ignorent les bi-e-s et la biphobie.
Et même au sein d'un même groupe il y a des divergences  Parlons das gays anti-folles par exemple. Ou alors des lesbiennes anti-fem. On peut même parler du "conflit" entre transgenres et transsexuelles (qui au final et surtout le fait d'une minorité, la majorité semblant prête à chercher la meilleure solution pour toutes). Et pour les bi-e-s... bah ils et elles sont tellement invisibles qu'en fait j'en sais rien.
Mais du coup que faire?
Franchement je n'en sais rien. Ouais, elle est plutôt pas cool la Koala, elle soulève des problèmes pour dire ensuite qu'elle n'a aucune solution concrète à y apporter.

Aujourd'hui c'est la journée de la visibilité trans. Parmi vous (je m'adresse surtout aux cis) qui le savait?
Allez autre question piège si je vous dit "trans" et "20 novembre" vous me répondez quoi? [J'invite celles et ceux qui ne savent pas à googler ces deux mots, vous aurez la réponse immédiatement.]
Ces deux questions montrent le peu de visibilité des trans et je ne pense pas que cette journée de la visibilité y remedie.
Si nous, trans, voulons vraiment être visibles alors il faut (comme le dit le titre provocateur de ce texte) en finir avec l'imposture LGBT. Mettre en lumière nos divergences au risque de montrer le "LGBT" n'est pas un bloc monolithique.
Dans ce texte j'ai été un peu dur, je n'ai pointé que les méfait de cette fausse union. Elle a aussi de bons côtés et il ne faut pas jeter bébé avec l'eau du bain, par exemple via l'asso LGBT de ma ville j'ai pu sensibiliser quelques personnes aux questions trans. En fait ce que je critique c'est surtout une "politique" LGBT qui dans une société cis-patriarcale est surtout G mais ça peut changer... par exemple si certains gays cisgenres prenaient consciences qu'ils sont dominants, privilégiés, et qu'en ne parlant essentiellement de gays cisgenres ils reproduisent un rapport de dominations ce serait déjà un pas en avant.
Sur ce je vais vous laisser, il est minuit, j'ai une minute pour corriger et publier ce texte. Et si aujourd'hui vous ne me "voyez" pas en ligne c'est peut-être parce que j'ai décidé que pour le coup je serait peut-être plus visible en étant invisible.

Koala


Post scriptum :

Un post scriptum qui ne vient pas de moi mais de Raph, militant trans rennais (texte mis en ligne le 7 mai 2012)

"LGBT", mon cul ouais.

Je ne sais même pas pourquoi je persiste à lire des articles sur des médias "LGBT", à regarder ce que font les assos "LGBT", en espérant que quelque chose change, alors que de toute évidence ça ne changera jamais.

Sérieusement, vous n'avez pas honte de blablater sur combien vous êtes tellement heureux que la "gauche" soit passée, en n'étant capables, pour prouver combien vous avez raison de vous extasier, de ne citer que la promesse qu'on vous a faite que vous alliez pouvoir vous marier et adopter? (Mais pas avant 2013 hein) Vous n'avez pas honte de dire que "pour les LGBT" c'est une avancée folle, de ne citer que le mariage et l'adoption, et d'en refoutre une couche sur les "LGBT" alors que vous ne parlez que des homos? 

Non, je suis mauvaise langue, y'en a qui parlent des "droits des trans". Les "droits des trans"... Ce concept si mystérieux que vous n'êtes pas foutu-e-s d'en citer un seul de ces droits. Y'a aussi "les revendications des transgenres", qui, même si vous êtes une association LGBT, s'oppose à "nous, les homos, nous allons pouvoir nous marier". Et là, même problème, vous êtes incapables d'en citer une seule, de revendication, alors qu'il y en a à la pelle.

Vous parlez de "l'homophobie et la transphobie", comme si il s'agissait des mêmes mécanismes, alors que merde, est-ce que vous avez besoin de l'accord d'un-e psy pour aller baiser? Vous vous faites examiner en profondeur par des tribunaux pour avoir des papiers? On vous oblige à être stériles? Aux dernières nouvelles non, alors développez et ne faites pas comme si c'était transparent (et que vous saviez de quoi vous parlez, que vous aviez une vague idée de ce qu'il peut bien y avoir là derrière).

Franchement, virez ce "T" une bonne fois pour toute, ça aura le mérite d'être clair. Soit vous trouvez les revendications trans pas assez consensuelles et vous avez peur que ça ne nuise aux vôtres, soit vous n'en avez vraiment rien à foutre.

Je ne sais pas à quoi vous jouez, mais depuis deux semaines, et évidemment ça s'est accentué depuis hier soir, je vois passer des communiqués, des articles, des statuts facebook, des interviews de Yagg, de l'InterLGBT, de divers centres LGBT ou organisateurs de marches, qui sont teeeeeellement soulagés et enthousiastes, et qui planquent les revendications des trans derrière des tournures à deux balles pour éviter de montrer qu'en fait, c'est toujours nous qui passerons en dernier dans leurs "luttes", parce qu'illes considèrent que nous n'avons aucune importance, et que de toute façon, pouvoir se marier est infiniment plus important que de ne pas être humilié-e par un tribunal transphobe qui te demande d'aller te faire stériliser pour avoir des papiers.

Bien sûr que vous les aurez, le mariage et l'adoption, et c'est important que tout le monde ait le droit de se marier et d'adopter, mais arrêtez de ne penser qu'à vos revendications en vous cachant derrière le sigle "LGBT" pour faire croire que vous pensez aux trans, parce que c'est ridicule, mesquin, transphobe, hypocrite et profondément irresponsable. Si ça vous chante de ne penser qu'à ces revendications-là, devenez des associations "LG(B)" et lâchez nous les baskets, au lieu d'instrumentaliser ce "T" dont vous n'avez rien à foutre.

[Koala : Je me permets d'y ajouter le commentaire qui était avec ce texte, bien sûr tout ça avec l'accord de Raph]

En ce moment j'essaie de moins y penser, parce que ça me fout dans un état de rage franchement désagréable, mais je déteste que des cis, qui n'ont parfois (souvent?) pas la moindre idée des réalités trans ajoutent le T à leur sigle, juste parce que c'est ce qui se fait actuellement, mais qui ne savent que dalle (quand je fais une formation sur les transidentités dans une asso qui a la lutte contre la transphobie dans ses statuts mais dans laquelle personne n'est au courant qu'on est psychiatriséEs et stériliséEs pour avoir des papiers, ça me fait quand même doucement marrer quoi...). Ces personnes récupèrent une sorte de légitimité et ne se rendent peut être pas compte qu'elles nous piquent nos paroles, mais sans même n'avoir rien à dire sur le sujet. Je trouve ça hallucinant que le président (oh suprise) gay cis de l'inter-LGBT viennent causer des trans à des réunions aux ministères par exemple.
Ça me fout la rage aussi que ces personnes se revendiquent "LGBT" alors qu'à la gay pride ou aux manifs pour le mariage, le nombre de personnes qui viennent se compte en milliers (à Rennes par exemple, 2500 personnes à la dernière gay pride, 2500 à la dernière manif pour le mariage), mais en dizaines pour le 20 novembre ou pour des actions pour les droits des trans (Rennes toujours, entre 7 et 40 personnes pour le TDoR ces 5 dernières années, 10 personnes pour le rassemblement du mois dernier, qui était sensé dire "hé coucou, y'a aussi les trans qui voudraient deux trois trucs"). Mais bien sûr, tout le monde a une bonne excuse pour ne pas être là hein.
Bref, et ça me soule parce que ici par exemple, ben y'a tellement pas de trans militantEs qu'on ne peut même pas espérer ne serait-ce que monter un pauvre collectif pour essayer de se faire entendre, de prendre la parole à la place du cGlbt par exemple, et pour moi, beh militer dans une asso LGBT (bon, j'y suis depuis 5 ans je crois, et ça fait au moins deux ans que pour le coup, on est plutôt centréEs sur les trans pour essayer de contre-balancer avec les autres) et essayer d'imposer que le T ne soit pas là par hasard à certains endroits, ben c'est la seule solution pour le moment, et ça me gave tellement.
Après on voit aussi ça dans des collectifs féministes. Y'a un collectif non-mixte à Rennes par exemple qui avait organisé une marche de nuit non mixte meufs, gouines, trans. Dans leur tract et dans leur texte de présentation, c'était franchement impressionnant la manière dont elles étaient capables de revendiquer leur position de domination en tant que meuf dans une société patriarcale mais incapables de se positionner comme dominantes en tant qu'hétéras et que cisgenres (pour cisgenres, je suppose qu'il aurait d'abord fallu qu'elles connaissent le mot pour pouvoir se définir comme telles...), même lorsque des personnes leur ont fait remarquer les limites de leur truc. Aucune remise en question. Bref...