Bonjour et bienvenu-e-s dans ce second volet sur la place des trans dans les féminismes.
Un deuxième texte moins travaillé que le précédent, plus court, encore plus improvisé et surtout écrit sur le coup de la colère.
Pourquoi suis-je en colère?
Car j'en ai marre de l'instrumentalisation des trans par certain-e-s féministes. Et cela vaut pour tous les courants pour les RadFems comme pour les féministes queers. En fait ça vaut peut-être même d'avantage pour les féministes queers car le "on est tou-te-s un peu trans tu sais" est plutôt rependu chez les queers.

Non nous ne sommes pas toutes un peu trans. Il faut arrêter avec ça. Il y a des trans et des gens qui ne le sont pas et il n'y a aucune honte au fait d'être non-trans.
Sur les places de stationnement pour handicapé-e-s on peut parfois voir un panneau disant "Si tu prends ma place prends mon handicap". J'aimerais presque dire la même chose, si vous vous dites trans ou non cis alors prenez tout ce qui va avec.
Prenez les interrogations personnelles, chialez en vous demandant ce qui ne va pas chez vous, pourquoi vous ne pouvez pas vous sentir bien dans le genre que vous a assigné à la naissance, pourquoi n'êtes-vous pas "normal-e"?
Prenez les insultes qui vont avec. Le rejet possible de personnes que vous pensiez être vos ami-e-s, le rejet possible de votre famille certain-e-s et la peur d'être rejeté à chaque nouvelle rencontre. Le rejet de certain-e-s féministes qui vous traitent comme si vous étiez des traîtres (pour le FtM) ou des intruses (pour les MtF), et la haine de gens qui estiment que votre transitude leur donne le droit de vous cracher dessus.
Prenez les justifications permanente, si vous allez voter, quand vous devez retirer un colis, quand vous avez un entretien d'embauche. Toujours devoir se justifier d'être nous.
Prenez les questionnements intrusifs, à la limite du harcèlement, qu'on vous demande quel est votre "vrai prénom" ou si vous êtes opéré-e, ou si vous comptez l'être et ceci, et cela.

Je suis une trans épuisée.
Fatiguée car j'ai l'impression que l'on ne se débarrassera jamais de la transphobie dans les milieux féministes. Pour certain-e-s ça ne semble être qu'une détail. La transphobie est rarement dénoncée dans les milieux féministes ou quand elle l'est c'est parfois à demi-mot, on dénonce la transphobie mais pour peu que le ou la responsable d'actes ou propos transphobes dise que c'était accidentel, ou que cela a été mal compris, ou que la dénonciation venait d'un-e "adversaire politique" certain-e-s laisseront couler plutôt que de risquer le conflit en débâtant réellement de la transphobie.
Et cette fatigue, ce fait plus présente quand certain-e-s utilisent la transitude pour botter en touche toute accusation de sexisme ou de transphobie. Car voyez vous si une personne n'est pas vraiment cis comment peut-on l'accuser de transphobie ou de sexisme?
Et au final ça permet de renvoyer la critique à celui ou celle qui l'a lancé (et à en faire une insulte). Bah oui quoi, tu as osé dénoncer le sexisme et/ou la transphobie d'un-e personne qui se dit non-cis du coup c'est toi le sexiste et/ou transphobe.
Et toute possibilité de débat sur la transphobie en milieu féministe disparaît car, ta gueule, c'est magique, "on est tou-te-s un peu trans tu sais".

L'appropriation de la transitude me dégoûte mais quand en plus c'est pour esquiver toute critique... non, je ne peux pas le supporter.
Je suis une meuf trans, j'en ai chié dans ma transition (et j'en chie toujours). Si on m'accuse de sexisme ou de transphobie dans certains de mes propos je ne veux pas utiliser ma transitude (réelle) pour esquiver ça car être une meuf trans ne fait pas de moi une créature divine infaillible et irréprochable (je sais, je détruit des cultes). Je peux être sexiste et transphobe car (BREAKING NEWS) j'ai été élevée dans une société qui est sexiste et transphobe.

Le pire c'est qu'avec ce "on est tou-te-s un peu trans tu sais" on en vient à nier les discriminations et attaques spécifiques que vivent les trans, on en vient à nier la transphobie. C'est comme si on venait dire qu'on est tou-te-s un peu femme, qu'on est tou-te-s un peu homo, qu'on est tou-te-s un peu prolo, qu'on est tou-te-s un peu non-blanc-he-s, insultant pour les minorités vivant des discriminations quotidiennes.

Désolée ce texte est assez confus mais je suis vraiment épuisée par tout ça. J'ai l'impression que lutter contre la transphobie au sein des mouvements féministes est un combat sans fin. Comment pourrons-nous avancer tant que certain-e-s continueront à dire que la transphobie (voire parfois aussi l'homophobie) ne sont que des détails, qu'au final tout ça reste du sexisme?
Comment pourrons-nous, nous trans féministes, nous faire entendre si certain-e-s s'accaparent nos transitude?
Je sais pas. Je suis trop fatiguée pour trouver des réponses.

 

Koala