Que dire de la cour de cassation?... soupir

Je pourrais faire un jeu de mot en l'appelant cour de castration. C'est rigoulo. Ça ne suffit pas?
Il faut vraiment que j'écrive à propos de cet arrêt du 13 février?
Bon bah alors allons-y moi-même.

Alors qu'est-ce que la cour de cassation?
C'est la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français, autant dire que c'est une institution qui a grave du pouvoir en France.
C'est aussi une institution qui n'est pas vraiment reconnue pour ses positions trans-friendly, au contraire.
Et le 12 février cette cour a réaffirmé sa position transphobe et son opposition à la résolution 1728 du conseil de l'Europe (demandant que les personnes transgenres puissent obtenir un changement d'état civil sans obligation de traitement hormonal ou de chirurgie). Elle a réaffirmé sa volonté de castration des trans.

Et on va me dire que ce n'est pas si grave, qu'il suffit porter plainte à la cour européenne des droits de l'Homme. Ce discours me fait peur, encore plus quand ce "on" est trans.

Encore l'attente, encore des procédures, encore combattre.

Notre transition est un combat permanent  Lutter pour se faire prescrire ces hormones, lutter pour trouver un job, se payer cette épilation, se payer ces opérations, se sentir seule, toujours. Et à côté devoir prouver son identité, se justifier, se battre pour exister.
Peut-on parler de renaissance quand on a fini sa transition?
Je ne sais pas. Je ne sais même pas si on peut dire qu'une transition a une fin.
Ce que je sais c'est que, comme beaucoup, je suis fatiguée de ce combat permanent. Je considère que le devoir d'un-e militant-e trans c'est de tout faire pour que les générations suivantes n'aient pas à lutter autant que nous et que celles et ceux qui nous ont précédé-e-s.

Alors on va sûrement me dire d'être réaliste, que notre pays d’arriéré-e-s n'acceptera jamais la résolution 1728, qu'Hammarberg c'est pas maintenant et qu'avoir un changement d'état civil aussi simple (et respectueux des trans) qu'en Argentine c'est une utopie. Me prenez-vous pour une conne?
Je sais tout ça mais c'est parce que je suis réaliste que j'exige l'impossible (citation originale de Che Guevara, vous savez le type sur les t-shirts et posters, non, le type avec les dreads c'est Bob Marley, Che Guevara c'est celui qui a la casquette avec l'étoile rouge).
Je suis réaliste, je sais qu'on nous donnera toujours moins que ce que nous exigerons, et c'est pour ça que j'exige le maximum. Je ne suis pas pour un militantisme d'accompagnement, je vois ce que ça donne avec les syndicats étudiants (cc l'UNéF) et professionnels (cc la CGT) et ça pue du cul.
Demander le strict minimum c'est accepter la domination cisgenre, c'est accepter d'être dominé-e-s et je m'y refuse.

Je ne veux pas forcer tou-te-s les trans à militer. Si vous ne voulez pas militer alors ne militez pas. Certain-e-s veulent une vie tranquille, loin de tout ça et même si j'ai du mal à les comprendre je trouve qu'ils et elles méritent cette tranquillité.
Je ne veux pas non plus interdire à certain-e-s de pratiquer un militantisme d'accompagnement. Si vous vous y reconnaissez alors allez-y. Mais ne venez pas prétendre être réaliste, croire que l'on peut obtenir quoi que ce soit en quémandent des miettes ce n'est pas être réaliste. Ne venez pas non plus prétendre être avant-gardiste, essayer de se faire accepter par les réactionnaires ce n'est pas de l'avant-gardisme.

Sur ce je vais réclamer le changement d'état civil libre et gratuit, sans psys, sans obligation de traitement hormonal ou de chirurgie.

Koala @(>o<)@


Lettre ouverte à Brigitte Goldberg

Chère Brigitte, 

Ah, Brigitte... Brigitte... Vous permettez que je vous appelle Brigitte, Brigitte?
Cherchez-vous a être l’interlocutrice privilégiée du gouvernement?
J'en ai bien l'impression.
Aujourd'hui vous nous demandez de signer ta pétition "Loi sur le changement d'état-civil des personnes trangenres et transsexuelles". Je vais faire comme si je pensais que cela partait d'un bon geste, que vraiment votre but est de faire avancer les choses. Que vous n'utiliserez pas les signatures obtenues pour obtenir la gloriole médiatico-politique.
Que nous proposez-vous?
Rappelons-nous des propositions de Trans-Europe. Des propositions par et pour les transsexuel-le-s (enfin celleux que vous considéréez comme tel-le-s).
Le texte que vous avez remis à l'Elysée ne parle pas des transgenres mais uniquement des transsexuel-le-s.
Ah bah si en fait, maintenant il mentionne les transgenres en plus des transsexuel-le-s. Soyez honnête Brigitte, ce texte a été modifié récemment?
J'avoue que cela pourrait me laisser penser que votre démarche est en partie démagogique, la porte-parole auto-proclamée de la communauté trans ne peut se mettre une partie de cette communauté à dos. Mais comme j'ai dis que j'allais jouer la jeune trans naïve et gentille je vais continuer de considérer que vous avez les meilleures intentions du monde, vous avez peut-être seulement "oublié" de parler des transgenres et là vous avez réparé cet oubli. Ou alors vous avez compris vos erreurs et aujourd'hui vous corrigez tout ça. Une preuve d'honnêteté aurait été de noter la date de modification, voire les raisons, mais je suis sûre que c'est un simple oubli de votre part.
Bizarrement vous n'avez pas modifié les trois articles que j'ai critiqué ici. A croire qu'au final la ligne de Trans-Europe n'a pas tant bougé, ou peut-être que c'aurait été trop visible?
J'ai aussi pu remarquer un quatrième article :

« Art 4 : Les services de l'état civil des mairies auront pour charge la gestion des changements d'état civil pour transsexualisme. Ces procédures sont supervisées par le Juge aux Affaires Familiales et visées par le Procureur du TGI dans le ressort duquel se trouve la commune où a lieu un changement d'état civil. La requête doit être traitée dans les deux mois qui suivent le dépôt de la demande. Ce délai de deux mois écoulé, la procédure sera présumé acceptée par les services de l’état-civil. En cas de litige, le Juge aux Affaires Familiales du TGI peut être saisi, le ou la requérante pourra alors bénéficier d’une aide juridictionnelle sans conditions de ressources conformément à l’article 3 de la loi N° 91-647 du 10 Juillet 1991. La décision de ce dernier est susceptible d'appel et de pourvoi en cassation. Si un expert est commis d'office par le Juge aux Affaires Familiales ou sur demande du Ministère Public, la rémunération de ce dernier sera à la charge du Trésor. Le médecin choisi librement par le requérant désigne conjointement avec le Juge aux Affaires Familiales le dit expert. »

Je vais être honnête, je ne me rappelle pas cet article. Je crois me souvenir qu'il existait un article 4 mais pas celui-ci (désolée mais ça fait longtemps et j'ai un peu oublié certaines choses, si vous aviez eu l'honnêteté d'indiquer les diverses modifications peut-être pourrais-je me retrouver plus facilement). Une des choses qui me fais dire que cet article n'était pas là avant c'est que j'aurais beaucoup de choses à dire à ce sujet. Surtout sur les questions de transsexualisme et d'expertises mais là je n'en ai pas l'envie car même avec toute la naïveté possible je commence à croire que vous vous foutez bien de notre gueule.

J'ai lu le texte de la pétition, vous mentionnez la proposition de loi de Caillavet (1981) mais vous ne dites rien de la résolution 1728 du conseil de l'Europe (2010). Que disait Caillavet en 1981?
Art. 1 : Les traitements médico-chirurgicaux pour l'adaptation des caractères sexuels sont autorisés pour les personnes présentant les anormalités de la transsexualité.
Art. 2 : Les demandes de traitements médico-chirurgicaux doivent être déposées auprès du tribunal de grande instance du domicile du demandeur.
Art. 3 : Un magistrat après avoir ordonné une expertise “psychosexuelle” délivre l'autorisation de traitement médico-chirurgical.
Art. 4 : Un décret pris en conseil d'Etat fixera le nombre et établira la liste des établissements hospitaliers autorisés à pratiquer ces traitements médico-chirurgicaux.
Art. 5 : Dès l'obtention par le tribunal de grande instance de l'autorisation de traitement, le demandeur peut obtenir auprès de la mairie de son domicile un changement d'état civil portant uniquement sur le sexe et le prénom au même titre qu'une simple déclaration de naissance.
Art. 6 : Pour toute personne n'ayant pas demandé une autorisation de traitement médico-chirurgical, le changement des mentions inscrites à l'état civil (sexe et prénom) est obtenu auprès de sa mairie sur simple présentation d'un certificat médical attestant l'anormalité.
Art. 7 : Tout changement d'état civil efface les précédentes mentions. Personne ne peut s'y opposer.
Est-ce ça que vous nous proposez?

Je n'ai pas signé la pétition d'Harlem Désir pour le mariage et l'adoption des couples de même sexe et pour les mêmes raisons je ne signerais pas votre pétition. Car je refuse que vous utilisiez ma voix pour proposer je ne sais quoi.
Car vous tentez de vous imposer comme la représentante des trans mais que vous ne me représentez pas.
Je ne suis rien, ma non-signature ne changera pas grand chose. Je sais que d'autres signerons. Peut-être réussirez-vous à avoir le poids politique que vous désirez tant, les médias vous présenteront peut-être comme la voix des trans. Tant mieux pour vous. J'espère que vous penserez à celles et ceux dont le seul droit sera de se taire car Brigitte parle à leur place.

 

Une trans réaliste.

Koala @(°o°)@


Ajout du 20 mars 2013

En lisant le texte de l'intervention de Daniel Borillo devant la Commission nationale consultative des droits de l'Homme j'ai eu envie de hurler. Pas à cause du texte ni des recommandations finales (que je vais recopier ici).

1) Renoncer à parler de « trouble précoce de dysphorie de genre », catégorie médicale empruntée par le droit pour faire référence à la transidentité.
2) Remplacer les termes « identité sexuelle » par « identité de genre » dans le dispositif antidiscriminatoire.
3) Elargir la protection aux infractions d’injure, diffamation et incitation à la haine en matièrede transphobie.
4) Mettre fin à l’acte médical (traitement hormonal, mastectomie, stérilisation, preuve de l’irréversibilité du changement sexuelle…) comme condition sine qua non pour le changementde l’état civil.
5) Procéder à la déjudiciarisation de la procédure de changement d’état civil.
6) Faire sortir le sexe de la catégorie d’ordre public pour le considérer comme un élément de la vie privée des individus.
7) Construire un véritable droit à l’identité de genre, ce qu’implique la reconnaissance du droit au changement d’état civil fondé sur la seul volonté individuelle mais aussi l’accès à la modification morphologique prise en charge par les services de la sécurité sociale pour les personnes qui le souhaitent.
8) Engager une véritable réforme pour mettre fin à l’assignation sexuelle dans les actes de naissances et autres documents d’identification des personnes sans renoncer pour autant àl’identité de genre comme catégorie protectrice.

Honnêtement je n'ai rien à redire à ces revendications, je signe tout de suite.
Ce qui me met en rage c'est que des militant-e-s trans vont réclamer moins que ça.
Car il faut être "réalistes" on devrait accepter de vivre ce que l'ONU qualifie de torture?
Il faut voir une chose, si Daniel Borillo fait ces revendications d'avant-garde, si l'ONU qualifie de torture les oppérations obligatoires pour obtenir le changement d'état-civil, si on peut avancer c'est justement car certain-e-s trans ont exigé l'impossible. Ne l'oublions pas!